Comment être psychanalyste en 2005 Ø
Il
est plus facile d'élever un temple que d'y faire
descendre l'objet du culte
Samuel
Beckett • « L'Innommable »Cité
en exergue au « Jargon de l'authenticité
» par T. W. Adorno • 1964ØPersonne
n’a le droit de rester silencieux s’il sait
que quelque chose de mal se fait quelque part. Ni le
sexe ou l’âge, ni la religion ou le parti
politique ne peuvent être une excuse. Bertha
Pappenheim |
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Micheline Weinstein
Comment
être ψa en 2005... * • 2e partie
Les
notes sont en fin de texte
* Lexique : ψa = psychanalyste/s ;ψA
= psychanalyse, psychanalytique ; ψ • LE TEMPS
DU NON = Psi • LE TEMPS DU NON.
Avertissement
Quelques amis, auxquels j'ai donné
à lire la première mouture de ce
texte avant corrections, bien que d'accord, ils
l'ont assuré, avec ce qui y est écrit,
ont été choqués par la crudité
de certains passages. Leur premier mouvement
fut un rejet violent du texte, non de l'amitié.
C'est habituel. C'est tout à fait compréhensible.
Quand je leur objecte que ce que je dis est subjectivement
vrai, peut être repris point par point,
ils me répondent,
- Absolument,
mais c'est la forme, directe, qui est choquante.
Ne pouvais-tu pas les décrire avec un peu
plus de légèreté, avec plus
de distance, avec humour ? Je le sais
bien, depuis le temps, mais je n'ai pas à
ma disposition les outils conceptuels ni de style
pour dire les choses autrement. Et suis dans l'impossibilité,
en la circonstance, d'inviter l'humour pour partenaire.
Cela n'a cessé de contribuer au fait que,
venant de ma plume, elles, les choses, n'intéressent
pas.
Mais une remarque, toujours la même,
de leur part, me peine, car elle invalide, d'un
trait, mon travail, - Je ne partage pas ta haine de Lacan. Depuis près
de 40 ans [cf. « La nuit tombe... Travaux
1967/1997 »], je dis, en termes simples,
et j'écris qu'il ne s'agit pas, dans mon
travail, de sentiments personnels. Que je n'ai
aucune haine contre Lacan, puisque que je n'ai
jamais éprouvé d'amour, ni d'amour
de transfert à son égard. Ça
n'est pas interdit. Je suis obligée
de le nommer par son nom, compte-tenu de ce qu'il
incarne dans l'histoire de la psychanalyse en
France. Compte-tenu de la place idéologique,
quasi monopolisatrice, qu'il a tenté d'occuper,
en vue de détenir la vérité
de la psychanalyse en France, théorique
et clinique, et de l'incarner, ce qui me semble
être un abus intellectuel de pouvoir sur
laΨA, telle que l'écrit
Freud.
S'il s'était nommé “Untelautre”,
et pas Lacan, j'aurais mentionné “Untelautre”,
voilà tout. Cela n'aurait rien changé
à ma réflexion. L'homme Lacan, en
tant que moi, toi ou soi, ne m'intéresse
pas.
Cela n'est pas interdit non plus.
M.
W.
De 1998 à
2005...
Le
drame des jeunes aujourd'hui, c'est le manque total
de mystère de l'inconscient. Ils désirent
de l'inexistence. François
Perrier**
François Perrier**Littéralement,
« Les gens », ce
sont les domestiques du Seigneur...
Quoi
de plus pénible que la répétition.
Car si elle est obligatoire pour que la vie se
maintienne, sous forme d'actes, de gestes, de
paroles, quotidiens, toujours les mêmes
et parfois aux mêmes heures, l'esprit, lui,
a toute liberté pour ne pas ressasser à
l'infini les mêmes clichés, les mêmes
conduites, les mêmes actes, dont certains
se sont “fixés” très
tôt dans l'enfance, et qui ont fait se constituer
le symptôme.
Je tâcherai aujourd'hui
de résumer ces presque 40 ans passés,
ainsi je répéterai, pour les archives,
des choses que j'ai déjà dites et
écrites, dont la plupart ont été
publiées.
Dans le compte-rendu de
son livre (1),
je répondais par une question à
l'affirmation de Anne-Lise Stern d'une double
impossibilité : 1 - d'être analyste
après Auschwitz si l'on n'y avait pas été
déportée ; 2 - de l'être si
l'on en était revenue.
Une telle double
négation me semblait signifier que la ψA
ne pouvait plus exister du tout après Auschwitz,
à moins que l'auteur, alors seule dépositaire
de la ψA,
ne se propose d'incarner l'alternative. Objet
a de Lacan, s'intitule Anne-Lise Stern publiquement.
Objet peut-être alors du mathème
d'exception de Lacan (2),
qui l'aurait chargée, par transfert réciproque,
de la mission de transmettre la seule vérité
de la psychanalyse en France, avec ou sans Auschwitz.
D'ailleurs, sur cet aspect particulier de la transmission,
nombreux sont les analysant/e/s/analystes lacaniens
à se sentir ainsi par lui investis.
Cette posture d'“objet a” est parfois
combinée à l'obsession du plagiat.
Qui plagie qui et quoi ? Qui est le plus limité
dans le développement de sa pensée,
celui qui plagie ou celui - celle - qui “crée”
? Et quelle importance, puisqu'il suffit à
chaque auteur de dater ses textes, c'est encore
plus vrai quand ils sont publiés. Certes,
le plagiat, de tous temps, est très répandu,
mais ne témoigne-t-il pas seulement d'une
insuffisance intellectuelle de la part de ses
auteurs ? Je répondais donc à
la double négation de Anne-Lise Stern,
par la question que je me pose depuis Birkenau,
puisque je suis née pendant : Comment [alors]
être ya
après Birkenau ?
Le livre de travaux
cliniques, le mien, « Freud •
L'hystérie, la ψA
et l'histoire », couvre ces sept dernières
années. Il se voudrait aussi pédagogique,
et fait suite au premier, paru en 1998. Il est
entièrement rédigé, mais
je n'ai pas encore eu la disponibilité
de le relire, le compléter, le modifier,
réécrire certains passages, après
toutes sortes d'impedimenta. Le lecteur en trouvera
des bribes sur le site et dans ce qui a déjà
été publié, sous diverses
formes, volumes entiers, notes, petits billets,
courtes réflexions, toujours datés.
En les regroupant, je me suis aperçue que
ces travaux portaient principalement sur l'injure
dans ses diverses manifestations, à commencer
par celles que l'on prodigue inconsciemment aux
enfants en très, très bas âge.
Ils portent sur la haine, fixée dès
l'enfance, inamovible, qu'entretiennent les humains,
quelle que soit leur provenance, les uns envers
les autres, quelles que soient les circonstances
historiques, biographiques, individuelles et collectives,
Auschwitz inclus. Birkenau n'a rien changé,
peu s'en sont laissés enseigner, de telle
sorte que, justement, “ça”
ne se reproduise plus. Un mot sur la haine.
La haine, si le mot convient, déjà
manifestée par le tout petit enfant, lorsqu'il
n'obtient pas ce dont il a besoin ou ce dont il
a envie, ne s'adresse d'abord pas à l'humain,
elle se porte contre la nature, la vie, la réalité
des choses, les éléments qui constituent
le monde et résistent à son désir
de s'y trouver et d'y affermir. Ce sont probablement
les humains, depuis que le langage organisé
existe, en assenant à l'enfant que “c'est
de [ta] faute”, qui lui transmettent leur
haine humaine parlante. Que l'on explique en quelques
mots à un bébé encore infans,
qui pleure la nuit sans que cela résulte
de la poussée de la dentition, qu'il cherche
déjà à séparer son
père de sa mère, à en sortir
l'un des deux du lit conjugal, il comprend, se
fait alors déjà une idée,
sans le savoir encore, de ce que sera la castration
symbolique (3).
Les parents en analyse qui, dans leur enfance,
n'ont pas bénéficié personnellement
de ce style de dialogue avec les adultes, en sont
témoins, assez surpris au début,
Toutefois, pour vérifier cette hypothèse,
il faudrait que l'humanité recommence son
histoire... ou recommencer l'histoire de l'humanité...
C'est en témoin subjectif de son
temps, depuis fin 1941, que je situe mes travaux.
Ils ne sont pas d'historienne, sociologue, psychiatre,
universitaire scientifique, littéraire,
technique, artistique. Ni de biographe, en ce
que la vie privée ne regarde personne que
le sujet propre de l'analyse. Freud a souvent
insisté sur ce point fondamental d'éthique
de la ψA.
Encore moins de “thérapeute”,
l'auberge où l'“on peut apporter
son manger.” La ψA,
appelée provisoirement “Méthode
de traitement des névroses”, fut
trouvée par Freud en vue de la “guérison”
de ces névroses. Au fur et à mesure
de son évolution, Freud découvrit
que l'un des principaux écueils était
une résistance redoutable de la névrose,
quelle qu'elle soit, à la ψA,
donc à la guérison. Un siècle
de pratique a authentifié ce phénomène.
C'est un langage porteur de sens, sans aucun rapport
avec celui et avec les méthodes des dites
thérapeutiques diverses, que Freud vit
se déployer, le langage de l'inconscient,
sur lequel nul, pas même un “thérapeute”
n'a de prise. Un langage - pas un vocabulaire;
lequel doit, précise Freud, rester accessible
- absolument nouveau, singulier, sans précédent.
Freud, en 1909, à Clark University décrit
sa méthode structurelle (4)
de lecture, d'interprétation et, à
partir d'elles, de conduite à tenir dans
la pratique, comme étant la ψA
elle-même, construite exactement comme nous
la trouvons dans Die Traumdeutung, L'Analyse
du Rêve (5).
Le témoin subjectif a cet avantage
qu'il n'attend l'accord de personne, ni même,
c'est encore plus prudent, que l'on fasse cas
de son existence puisque, de toutes façons,
le plus souvent, c'est ainsi que cela se passe.
D'ailleurs, le plus souvent, les choses se passent
ainsi. Le témoin que je suis, comme tout
un/e chacun/e, exerçant la ψA,
a évolué dans une partie assez vaste
d'un milieu analytique français, y a croisé,
parfois rencontré, pas mal de monde, fameux
ou non, en a éprouvé les effets,
les a observés, les dit et écrit
au rythme le plus équilibré que
puissent lui permettre les encombrements de la
vie réelle, qui n'est pas un conte. Mes
références, mon itinéraire ψA, sont
publics, je n'en ai pas d'autre et c'est bien
comme ça.
C'est en témoin subjectif
de l'histoire de la ψA
en France, mais hélas aussi de celle de
psychanalystes, que je décris l'exploitation
par Lacan du nom de Freud et de celui de ψA,
pour s'en approprier les bénéfices
commerciaux en la réduisant la ψA
à un slogan publicitaire, l'exhibant puis
la jetant en pâture après usage.
Freud et la ψA,
l'auteur et son édifice furent constamment,
répétitivemnt arasés, nivelés
au plus bas, voire malmenés verbalement
ou/et par écrit du fait de Lacan, le “dandy”,
le faiseur de mode, au gré de son désir (6).
[N. B. Je n'évoque
à aucun moment le monde de la SPP, autrefois
l'Institut, bien que j'en suive et lise les publications.
Et si je connais quelques analystes membres de
cette Société depuis l'enfance -,
nous n'avons pas eu l'occasion de nous rencontrer
au plan institutionnel. Une seule remarque : les
analystes de cette institution et de quelques
autres, plus modestes, qui manifestement ont lu
Freud, ne figurent pas, ne s'affichent pas, ne
font pas parler d'eux, à titre personnel,
dans les médias Je m'en tiens ici à
un “milieu” précis, circonscrit,
médiatique, politique.]
L'histoire de la ψA
ne se ravale pas à des sagas de psychanalystes,
qui sont des histoires de transferts, remarquait
Françoise Dolto, évoquant des livres
qui paraissaient à ce sujet. Des histoires
individuelles narcissiques, que l'on qualifie
aujourd'hui de “people”, “Les
gens”, où leurs auteurs, un/e
par un/e, prennent posture d'exception, au dessus
de “Les gens”. Ces candidats
starlets (7)
savent à la place de “Les gens”
ce que “Les gens“ ont besoin
qu'on leur fasse avaler par gavage médiatique,
et l'expriment en propageant leurs potins de couloirs
à coups de ragots dégueulasses,
de conciliabules indiscrets, d'injures [toujours
sexuelles], de calomnies... Ah, «
Les gens »... ! Littéralement,
ce sont les domestiques du Seigneur... Et
l'on ne recule devant rien, depuis plus de 50
ans, pour citer Freud en exemple. “On”
insinue qu'il eut sa belle-sœur pour maîtresse,
on sous-entend bien fort que sa fille Anna et
Dorothy Burlingham... et réciproquement...
etc. Sans réaliser que cela s'apparente
à de la délation. Soulignons également
que cela porte encore plus volontiers sur les
femmes, davantage encore sur les femmes non-médecins.
Ça fait vendre, c'est reconnu tel quel.
L'analyse didactique de Anna
(8), à 23 ans, par son père
avant qu'il ne l'adresse à une femme, Lou
Andreas Salomé, non analysée (9).
Anna, incarnant l'histoire de l'évolution
de la ψA,
tout en incarnant son histoire intime de fille
de Freud, son analyse par qui que ce fut s'en
trouvait ainsi rendue impossible. De plus, Freud,
à 67 ans, n'avait plus guère d'autre
interlocutrice permanente que sa fille Anna, née
la même année que L'Analyse du
Rêve. Au cours de cette première
étape de l'histoire de la ψA
en effet, le problème du transfert en ψA
avait levé le voile sur la difficulté
de son maniement en faisant exploser sur la place
publique des conflits successifs inattendus, infantiles
et non encore analysés chez les analystes.
Après le relâchement, l'échec
ou la rupture des relations avec Fliess, Jung,
Rank... les hommes des débuts de la ψA,
Freud se retrouvait assez seul, si l'on excepte
ses correspondants épistoliers, parfois
sur plus d'une génération (10).
Quoiqu'il en soit, cet état de fait aura
permis à Freud d'avoisiner juste un peu
le champ de la féminité, sur lequel
il a toujours honnêtement reconnu buter,
sur lequel il a souvent erré... Que
diraient, aujourd'hui, les analystes contemporains
si des collègues, des historiens, des ex-
ou futurs analysant/e/s, si quelques biographes,
historiographes, entreprenaient d'étaler
publiquement leur sexualité, sur 70 ans,
en la consignant par écrit, avec plus ou
moins de style, d'élégance, d'exactitude,
de bonne foi et de mauvaises intentions (11)?
Si ces écrits étaient répertoriés
dans les archives de l'histoire et celles de l'histoire
de la psychanalyse ?
Quand par malheur, car
c'en est un et un malheur humain, fut-il d'analyste
insuffisamment analysé, peut toujours se
produire, un accident de cette nature - sexuelle
- est survenu en France, la chose, grave, fut
traitée juridiquement, à huit-clos,
Françoise Dolto ayant été
choisie pour représenter la ψA. Un exemple, le plus discret possible, de
mise sur le marché public de ce qui doit
ressortir au domaine privé de l'analyse.
Qui ne sait en effet, parfois cela est même
affiché ostensiblement, que nombre d'analystes,
transmués en agents des mathèmes
selon le désir et l'enseignement de Lacan,
se sont faits le symptôme et le fantasme
sexuels de leur/s conjoint/e/s, c'est-à-dire
de l'autre, avec un petit ou un grand “a”
? Qui n'a constaté que les mathèmes
de Lacan ont, d'une façon assez obscène
d'ailleurs, entretenu la confusion entre mystique
et érotomanie (12)?
Que n'a-t-il, Lacan, après son “Complexe
du sevrage”, en 1938 (13),
inventé un mathème de la haine et
un autre de l'avarice ? Car Lacan était
incroyablement avare, tous ses disciples l'ont
suivi sur ce terrain. Et haineux, en témoignent
les jugements blessants, ironiques, tueurs, jalonnant
toute son œuvre, sur les analystes - Freud
n'étant pas épargné - qui
menaçaient de porter ombrage à sa
posture d'exception dans l'histoire de la ψA. Je me souviens que Solange
Faladé, essayant de mettre en pratique
un travail d'école, qui n'était
peut-être encore qu'une hypothèse
posée sur des bases incertaines, avait
présenté lors d'un colloque à
la Maison de la Chimie, un mathème de la
perversion - du fétichisme. Elle s'était
fait abattre publiquement par le Maître,
d'un coup de mots assassins, d'une grossièreté
stupéfiante. Lacan, faisant l'analyste,
était ostensiblement sorti de la salle
au milieu d'une phrase de son élève,
membre important de son école. Toute l'EFP
avait obtempéré, raillant, pour
les plus prudents, faisant silence. Personne,
sauf ceux qui ont décidé alors de
quitter ce “Parti” et il y en eut
régulièrement, ne s'est préoccupé
de mesurer l'effet délétère
de ce mépris sur le transfert des nombreux
analysant/e/s présents lors cette prestation.
Il y avait peut-être pourtant une réponse
constructive à cet essai. Un mathème
de la perversion n'est guère pensable par
la ψA, si
l'on admet que la perversion est la négation
de la névrose. Ou alors, pour reprendre,
mais autrement, l'idée de Solange Faladé,
en considérant que la structure du discours
de la perversion est une caricature - dangereuse
- du langage de la ψA.
Ce serait alors poser l'hypothèse qu'il
n'existerait qu'un seul vrai mathème, celui
du discours du pervers, comme impossibilité
pour la ψA
d'être mathémisée à
coups de formules héritées des mathématiques.
Pour écraser la possibilité d'accès
au symbolique, à la sublimation de la pulsion,
et endormir les peuples, on n'avait guère
trouvé plus efficace. Le mathème
de la perversion serait alors le seul valide en
tant que preuve de la vanité, pour l'analyse,
d'être mathémisée à
coups de formules inspirées des mathématiques.
Il était absolument interdit de toucher
aux [Saintes] Écritures et Paroles de Lacan.
Qu'avait-il besoin, Lacan, d'inventer des structures
destinées à figer, à verrouiller
la théorie analytique, à “réviser”
les structures dégagées, sur de
solides fondations, par Freud, avant, déjà,
de pouvoir en maîtriser la complexité
des effets (14)?
À sa suite, aujourd'hui encore, quel
nécessité de se réclamer
de la psychanalyse pour justifier une série
de conduites ? Par exemple, est-il besoin pour
se marier, fabriquer des enfants, manger, dormir,
alors que c'est à la portée de toutlemonde
? Ce sont ces réussites dont se vantait
récemment un Professeur de psychanalyse,
non-analysé, malchanceux symptôme
de l'évacuation de l'analyse par Lacan,
devenu [Wo es war... ] mégalomane,
heureux que son université/école
de psychanalyse “Mondiale” [sic
!] soit un lieu de brassages et d'unions
d'analysant/e/s. C'est ce même Professeur
de psychanalyse, alors jeune diplômé
enthousiaste de l'ENS, qui déclarait autrefois,
il y a presque 40 ans déjà, que
plus n'était utile de lire Freud puisque
Lacan était (15).
Il fut, tel un chef de bande, écouté
et suivi, de 1964 à nos jours (16).
Toute forme de transmission universitaire de la ψA, sans véritable
analyse personnelle au préalable, sans
avoir d'abord testé, dirait-on aujourd'hui,
à partir de sa propre expérience,
la véracité, la solidité
des concepts freudiens fondamentaux, ne peut qu'échouer.
L'inconscient de chacun/e ne ressortit pas au
domaine d'un savoir partageable (17);
de plus, nous constatons quotidiennement, après
que Freud l'ait très tôt relevé,
que l'enseignement de type universitaire renforce
considérablement les résistances
à l'analyse, fait obstacle au libre déploiement
du langage de l'inconscient. Enfin, côté
reconnaissance universitaire, l'expérience
a [dé-]montré, sur plus d'un siècle,
qu'aucun diplôme, qu'il soit d'État
ou émanant d'institutions privées,
n'a jamais témoigné de quelque façon
que ce soit de la qualité d'une pratique
analytique, ni ne l'authentifie.
Comment
alors, pour les ψa
transmettre la ψA
? De mon point de vue, subjectif, pour
l'instant encore, par l'analyse individuelle de
chaque analysant/e, puis par le, ou mieux, les
“contrôle/s” individuel/s de
chaque analyste en devenir. Il semblerait qu'il
soit préférable que ce contrôle
s'effectue par un seul contrôleur à
la fois, et ce pour que le candidat analyste ne
risque pas de se trouver empêtré,
dans d'éventuelles interférences,
qui agiraient en toute inconscience. Françoise
Dolto préconisait ensuite, pour l'analyste,
de faire un petit point d'analyse de contrôle
tous les 5 ans. Mais avec qui ? Chaque analyste,
relayé par le ou les “contrôleur/s”,
étant prêt à assumer la responsabilité
de la pratique de chacun/e de ses analysant/e/s/analyste/s,
comme du temps de Freud. Cela donnait d'assez
bons résultats. Je ne suis pas sûre
qu'un jury, un tribunal, un consortium, soient
bien utiles, et leurs effets tout à fait
bénins, pour authentifier un/eψa.
Côté public, les écrits sont
un bon moyen de transmission, de même que
les groupes de travail auprès d'un/e ou
de plusieurs analyste/s dont la pratique, la clinique,
ont été éprouvés et
qui ont ainsi dégagé la singularité
non révisable de la ψA
parmi tout autre discipline, avec ses effets sur
la vie de l'analysant/e (18).
Enfin, pour que chacun/e des analysant/e/s potentiel/le/s,
chaque praticien en devenir, quel que soit son
budget, puisse accéder à l'analyse,
il suffit de créer, comme le fit Marie
Bonaparte, qui acquittait ainsi généreusement
sa dette à l'égard de Freud et de
la ψA, un
Institut/Faculté, à l'image des
cliniques de Vienne et de Berlin, ouvert à
qui se destine à l'exercice de la ψA,
tout en offrant la possibilité de poser
sa demande d'une analyse personnelle à
qui n'a réellement, objectivement, pas
les moyens financiers de faire autrement. La SPP
de la rue St Jacques à Paris fonctionne
sur ce mode et assure la formation des analystes
depuis la fin des années 20... [Ah ! “Les
fameuses années vingt... ” de Théodore
Adorno... ] Comme le fit également, pour
les enfants, sans aucune fortune personnelle,
Françoise Dolto en créant les Maisons
Vertes, sans l'appui de Simone Veil, alors
Ministre de la Santé mais avec celui
de quelques autres personnalités. Ce ne
leur fut pas facile. Et dans de telles conditions
de garantie professionnelle, une subvention d'État
semblerait tout à fait normale, plutôt
que l'obligation, de nos jours encore, de continuer
de privilégier ceux qui disposent de moyens
financiers, disons en termes de classe, ceux qui
vivent un peu au-dessus de la mêlée.
À ma connaissance, Lacan, se situant
sans doute du point de vue de Sirius, c'est-à-dire
ignorant superbement le concept de dette appliqué
à lui-même, malgré ou à
cause de sa considérable fortune, s'il
a su constituer un monopole international extrêmement
rentable, destiné à rafler des marchés
psychiques porteurs et à assurer beaucoup
plus que son confort personnel, n'a jamais donné
un “cent” pour la ψA.
Les cotisations, à l'EFP, les inscriptions
aux colloques, en ou hors de France, étaient
exorbitantes, les séances d'analyse, généralement
très courtes, inabordables, qui obligeaient
plus d'un/e à... s'endetter [sic !], non
pour maintenir bien vivante la psychanalyse, mais
pour enrichir Lacan et ses disciples (19).
Chaque fois qu'il m'a été demandé,
quand je faisais une remarque à ce sujet,
de “laisser courir”, je répondais,
matérialiste, que tel était mon
droit de critique, puisque je payais confortablement
pour savoir. Mais je ne prétends pas
détenir une quelconque vérité
sur ce sujet, je dis simplement ne pas savoir,
pour transmettre, comment penser autrement les
choses. J'en reviens aux indiscrétions
privées. Que se passe-t-il le plus souvent
au sein de ces écoles ? Dans le meilleur
des cas, les élèves, les élèves
des élèves, de tel professeur, s'agrègent
en consensus tacites, les indiscrétions
fusent comme dans les familles, “entre soi”,
entre “initiés” d'un cercle
fermé, pour ne pas trahir les secrets de
la sexualité des uns, des autres, et bien
sûr, des siens. Mais il arrive tout de même
assez fréquemment, à l'époque
moderne, que le goût de la publicité
les fassent s'exhiber abondamment dans les médias.
Le résultat de l'enseignement de Lacan
est que la sexualité de “ces gens-là”
(20), ces
analystes-là, est assez souvent mise en
actes interdits, dans le réel des analysant/e/s,
des analysantes surtout. Mais, quand on s'en étonne,
il n'est pas rare d'entendre répondre :
“Lacan le faisait bien... !” C'est,
qu'on le veuille ou pas, Freud, secondé
sans concession par Ferenczi, qui instaura la
loi de l'interdit de la pédophilie, conséquence
invariable de celle de l'interdit de l'inceste,
c'est-à-dire l'abus intellectuel et matériel,
psychique et physique, de pouvoir d'un plus fort
sur un supposé plus faible. Ce sont
pourtant bien des analystes lacaniens qui, il
y a plus de vingt ans, ont inventé le “talk-show”,
une obscénité ravageuse, laquelle
consistait à offrir en pâture au
public, sur un plateau de TV, de très jeunes
filles, que l'on confrontait en direct, à
ciel ouvert, à leurs mères rescapées
de Birkenau, pour qu'elles s'entredéchirent,
aux noms de la psychanalyse et de l'histoire de
la déportation. L'émission s'intitulait
« Psy-Show », c'est-à-dire
: Exhibition-psy (21).
Souvent, des membres de ce milieu analytique particulier,
certains même avec lesquels j'ai passé
des petits moments de vacances privées,
me disent bien en face qu'ils n'ont jamais entendu
parler de notre association, ψ • LE TEMPS
DU NON, sous-titre, Cela ne va pas
sans dire, laquelle a commencé de
se mettre en place il y a aussi 20 ans. Pour des
analystes, ils ne sont guère curieux des
travaux et de leurs auteurs. Ce qui est paradoxal,
car les auteurs, ce sont aussi eux.ψ • LE TEMPS DU NON
a édité la plupart de ces mêmes
“gens-là” sans-mémoire,
après avoir travaillé, corrigé,
mis en page, imprimé leurs textes, lesquels
généralement se proposaient de rendre
compte de l'impact de la déportation sur
la théorie, la pratique et l'histoire de
la ψA.
ψ • LE TEMPS DU NON
a aussi publié un travail considérable
de traductions et documents originaux dont on
aurait pu penser qu'ils intéresseraient
les analystes aussi bien que les historiens, les
philosophes, les scientifiques, les artistes,
les uns et les autres, les êtres humains...
“Ces gens-là”, en fait,
sont assis sur leurs préjugés élitistes
de classe, tels que les décrivait Marx.
La monstruosité humaine à l'échelle
industrielle et scientifique des temps modernes
n'a rien changé à leurs histoires
banales d'humains, à l'histoire des humains.
“Ces gens-là” se comportent
comme toutlemonde, ils vivent, exercent,
agissent, parlent, préférentiellement
en “bobos” ordinaires, se considèrent
comme au dessus, observateurs détachés,
de la mêlée “people”.
Leurs intérêts semblent assez éloignés
de celui de Freud, quant à une possible
évolution de la civilisation vers un peu
moins de sauvagerie (22).
Il n'est pas rare de les voir pratiquer l'ostracisme
de classe, d'esthétique, d'âge, de
revenus, commetoutlemonde et quelle que
soit leur appartenance. Pour être claire
et nette, qu'ils soient Juifs ou Pas.
Tout
un monde, une classe plutôt à
l'aise, apparenté à celui des antiquaires
par exemple, pour lesquels l'objet ne retient
leur œil exercé qu'au prorata de sa
valeur marchande et de la perspective de son rapport
ultérieur. À celui de bien des avocats
aussi... , qui exigent des honoraires ahurissants,
avant de ne pas lire leurs dossiers, certains
ne dédaignant pas à l'occasion d'user
d'arguments de chantage (23),
allant même jusqu'à menacer leurs
clients trop crédules de leur rendre leur
dossier en cours, s'ils ne paient pas avant
la comparution au tribunal ; beaucoup s'accordant
avec la partie adverse pour boucler l'affaire
en un tournemain, sans avoir à plaider,
car cela demanderait un travail de fond sérieux,
donc du temps passé à l'étudier,
à écrire et à maîtriser
leur plaidoirie, à risquer de perdre...
et qui avalisent ainsi sans états d'âme
la saloperie humaine... Que des avocats réputés
préfèrent, pour des raisons qui
leur appartiennent, défendre la cause de
délinquants, n'a rien de moral ou d'amoral
en soi, mais alors pourquoi n'annoncent-ils pas
la couleur honnêtement, de façon
à ce que leurs clients non instruits en
matière juridique s'adressent ailleurs.
L'un d'entre eux me disait un jour, « ...vous
comprenez, le système est ainsi fait que
“Les gens” sont obligés
de faire appel à nous en tant que médiateurs.
» Pour le prix de ladite “médiation”,
lui ai-je répondu, vous prenez “Les
gens” pour des gogos.
Revenons
aux “analystes lacaniens”. J'en ai
croisé de méchants, d'avares, de
pervers, menteurs [sic - comme si c'était
compatible !], cleptomanes, escrocs, fétichistes...
des demi-mondain/e/s (24),
voire des Messaline, tous très snobs évidemment,
qui utilisent le transfert comme les courtisan/e/s
supérieur/e/s emploient leurs charmes,
font jouer leurs relations... , tout un petit
monde cloné à partir de Lacan. Un
petit monde qui d'ailleurs ne s'intéresse
absolument ni à Freud, ni à la ψA,
on ne les entend jamais évoquer la complexité
d'une question de pratique, de théorie,
à ce sujet. Quant à leur position
par rapport à un point de théorie
freudienne, ils se révèlent incapables
d'en articuler et d'en commenter le moindre concept,
sauf à répéter éventuellement
ce qu'ils ont attrapé dans un dictionnaire.
Il y eut même un/e analyste dont j'ai écrit
le récit oral, en forme de biographie officielle
- j'insiste, puisqu'elle la vérité
y est camouflée - et dont j'avais également
rédigé des “observations”
de cas qui n'étaient pas recevables à
la lecture dans l'arène de la “passe”,
tant elles étaient rédigées
en langue de bois. Ces travaux apportaient à
cet/te analyste une reconnaissance, une authentification,
par ses semblables. D'après ce/tte passant/e,
il paraît que mon style est magnifique.
Merci. Très récemment prenant sans
doute cela pour une “passe” d'un autre
genre, cet/te analyste, habitué/e à
la fréquentation des caniveaux de quartiers
sordides, connaissant du monde dans celui de l'édition,
a sans vergogne imaginé faire publier ces
travaux en son seul nom d'auteur de mon écriture.
Comme si cela ne suffisait pas, cette personne
a étalement escroqué financièrement
notre association lors d'un transit de matériel
informatique. Ce n'était pas la seule ni
la première fois que cela se produisait,
mais augmenté de malfaisances disparates,
c'était exemplaire, en tant que cela représentait
une assez bonne synthèse des divers agissements
de “ces gens-là”. Selon
l'adage, nous ne sommes jamais trahis que par
ceux auxquels nous ne nous sommes pas même
posé la question de la confiance...
Pourtant, je n'ai jamais fait de mal à
personne, j'espère en tous cas.
Pourtant,
comme je le fais toujours pour ce que nous éditons,
je prends la peine d'indiquer que les titre et
sous-titre de notre association, ψ • LE TEMPS
DU NON, Cela ne va pas sans dire,
ont été choisis pour leur sens,
leur signification... ou signifiance si l'on préfère,
à ce propos, le vocabulaire philosophique
français, mis autrefois en circulation
par Pichon, gendre de Janet, raison pour laquelle
Freud n'y souscrivait pas, pas plus qu'au concept
de “scotomisation” de Laforgue, repris
par Lacan dans sa “Famille”. Ces
agissements sont époustouflants quand ils
émanent d'analystes. Ont-ils été
analysés, “ces gens-là”
qui se conduisent comme des enfants d'environ
3 ans, un peu plus un peu moins jaloux, envieux,
méchants, occupés à dresser
père contre mère et vice-versa,
à éliminer toute fratrie, à
dominer le monde extérieur, à s'essayer,
au bout du compte, comme chaque enfant s'y emploie
pour se constituer, à la dictature ? Où
sont passées la reconnaissance d'abord,
puis la maîtrise et la sublimation de leurs
pulsions ? Il y eut bien sûr quantité
de postulants analystes bien intentionnés
sur trois générations, rompus aux
études universitaires, médicales
ou non. Seulement, dans les conditions de l'apprentissage
lacanien, l'analyse ne les a pas modifiés
(25), ils
sont demeurés tels quels, “comme
avant”, se conduisant et conduisant leurs
analyses comme s'ils étaient toutlemonde.
Les dîners, les réunions entre amis,
où l'on danse entre soi en fin de soirée,
quand les invités obligatoires s'en sont
allés, où l'on cause bourgeoisement
de soi, de tout et de rien, de sa famille, composée
ou recomposée, des uns et des unes tels,
de potins sur l'actualité nationale et
internationale, où l'on se montre avec
ou sans nouveau partenaire, où l'on y va
de sa prière collective rituelle à
Lacan, à ses bons mots, où chacun/e
évoque, de l'air compénétré
dont se parent les initiés, les effets
sur soi de sa “passe” personnelle,
sont, répétitivement, plutôt
ennuyeux, voire même assommants.
À
l'EFP, il arrivait que l'on croise aussi des Innocents,
crédules, candides, pour lesquels la traversée
fut particulièrement difficile. Quand
j'étais jeune, j'avais comparé l'EFP,
c'était assez facile, à La Grande
Muette, car on n'y parlait pas, on ne répondait
pas, on n'avait pas entendu, pas lu, et quand
quelqu'un/e s'en étonnait - Dolto par exemple,
après le “Congrès de Rome”,
puis au moment de la “Dissolution”
de l'EFP -, “on ne savait pas”. Cela
rappelle une surdité, un aveuglement, encore
récents, épouvantables. Ainsi ces
cerveaux pensants ne savaient pas lire, écouter,
éprouver par tous leurs sens, se faire
une idée personnelle et en témoigner
dans leur travail. Sur la non curiosité
pour les choses, j'ai relevé un passage
qui me plaît bien, cité en exergue
par Marcello Fois, dans son roman policier, Sheol.
Le voici,
Le racisme et l'antisémitisme
fascistes n'auraient donc été qu'une
formalité ; sans évidence ni consensus
social. En fait, un professeur d'université,
de gauche, me disait qu'il n'avait connu que des
Juifs que l'on avait aidés ; et j'ai eu
un peu de mal pour lui faire comprendre qu'il
ne pouvait en être autrement : les autres,
eux, qui n'avaient pas rencontré la solidarité,
mais l'indifférence et la délation,
n'avaient pas survécu.
Stefano Levi Della Torre
Il
Manifesto, 16 février 1995
L'EFP
rassemblait alors en une seule institution la Camora, l'Omerta, la Cosa
Nostra. Les oukases, les règlements
de compte y étaient féroces, tombaient
par surprise sur qui n'était pas “dans
la ligne”, sur qui contestait la doctrine
de Lacan, sur qui cherchait à sortir la
psychanalyse du dogme imposé qu'il fallait
appliquer sans moufter. Cette école a toujours
fonctionné comme une dictature molle, mâtinée
d'anarchisme de droite et, à gauche, de
stalinisme ancré, auquel elle s'est identifiée
malgré la révolte des fils contre
le Père. On s'y débarrassait de
façon plus ou moins expéditive des
traces, sous toutes leurs formes matérielles
et humaines, au nom de l'idéologie lacanienne.
[Ce qui m'amuse
toujours, c'est, en ces temps, la revendication
généralisée de la différence
au nom de la non discrimination, alors
que les deux termes signifient la même chose.]
Quand les anciens freudiens n'ont plus exercé
ou ne furent plus, les analysants de Lacan et
ceux de ses disciples, n'ont eu comme seule directive
que de se reproduire entre eux. Que sont devenus
les enfants qui leurs avaient été
confiés dans les CMPP où ces “thérapeutes”
étaient salariés, quasi fonctionnaires
? Après que ces enfants, pour beaucoup,
aient servi de matériel pour fournir -
à l'image de ce qui se fait en psychiatrie,
en maternité, dans la plupart des spécialités
médicales -, des discours pléthoriques
lors de présentations de “cas”,
préférentiellement de “psychose”,
lors de réunions, congrès, colloques,
journées... De “psychose”,
selon les schémas mathémiques de
Lacan de la psychose, qui demandent tout de même
considérablement moins de travail de lecture
et d'interprétation de la névrose,
une fois que l'on a repéré et posé
l'“absence du Nom-du-Père”
(26)!
L'engouement lacanien pour la psychose peut entraîner
de lourdes conséquences. Il est vrai que
personne ne peut jamais vérifier le travail
d'un/e analyste auprès d'un psychotique.
Par contre si l'analyse auprès d'un névrosé
rate, tourne mal, l'analyste a toujours la possibilité
d'arguer que le ou la malade est psychotique (27).
Voilà pourquoi je me répète
et aussi ce que je ne dis pas. La pratique
de la “passe” a survécu, tenace,
jusqu'à nos jours, à Lacan. Certains
groupes d'analystes lacaniens l'ont pérennisée
et continuent de l'appliquer telle quelle, entre
eux, ça ne déborde pas chaque “communauté”,
pour s'entr'intituler analystes, sans qu'il n'y
ait jamais eu d'analyse, en tous cas pas au moyen
de cette procédure (28).
De l'indiscrétion, du voyeurisme, de l'obscénité,
oui. Dans la réalité brute,
la pratique de cette “passe” n'était
qu'une simple et vulgaire affaire de cooptation,
de “parrainage”, de clonage à
partir d'initiés d'un même clan,
eux-mêmes clonés à partir
du meneur. Le lacanisme s'est fort diverti
de jeux de mots, calembours et autres potacheries,
assez vulgaires d'ailleurs, de seconde ou troisième
main, à la suite du Maître, tandis
que, pendant près de 40 ans, il dispensait
parallèlement un obscurantisme émaillé
de concepts délétères, lesquels
recouvraient d'incroyables et pédantes
banalités. Mais malgré l'aura dont
il jouit encore post-mortem, pour le mot d'esprit,
le Witz, il n'a pas réussi à
évacuer Freud (29).
Pour en revenir aux jeux de mots imbéciles,
du style de ceux dont usait Lacan, qui allaient
jusqu'à porter sur le nom propre pour qualifier
par exemple un Président de Association
Internationale de Psychanalyse, lequel n'avait
pas accédé à ses desiderata,
prenons un exemple précis. Le verbe “weinen”,
pleurer en allemand, ou “vayn'n”
en ydish, chante la douleur des mères dans
toute l'Europe Centrale, “Oy Vaï !”...
Alors on traduit Wein, par “vin”,
qui existe aussi, ça fait plus antisémite.
D'autant que ce “Wein” n'est peut-être
après tout qu'un “Fein-”, fin,
fine, plus ou moins sciemment mal orthographié
par les officiers des États-Civils, comme
cela se pratiqua aussi pour les ressortissants
des AOF, AEF, TOM, DOM etc., autrement dit des
anciens, protectorats, colonies, possessions multiples...
Que faire alors de tous les suffixes patronymiques
commençant par Wein ou Fein, avec un “e”
ou un ”a”, un “i” ou un
“j”, un “z” ou pas...
: Wein -trib - trieb ?, la pulsion (!),
-silber, le métal argenté ou de
vermeil, -zorn, la colère (!)... il en
est des dizaines... comment les traduire si l'on
y met un pied de vigne, des vignobles entiers,
des chais plutôt que des larmes... ?
Que le Juif parle, qu'il agisse, qu'il se taise,
qu'il se nomme, il sera, par des artifices de
langage, insulté. L'une parmi les injures,
ainsi que le relevaient Viktor Klemperer puis
Georges-Arthur Goldschmidt, était, dans
la langue du 3e Reich, de féminiser les
vocables, les éructations, à son
adresse, cela consistait par exemple à
qualifier le Juif littéralement de truie
et non de cochon [sic] (30).
Prenons un autre jeu de mots. Lacan, en 1974,
intitula son séminaire, Les non-dupes
errent, en référence à
sa théorie portant sur Le ou Les
Nom/s-du-Père. C'est cette même
année qu'à Rome, il qualifia Anna
Freud de “chiure de mouche”,
la chiure donc, de son père.
Il paraît qu'il avait trop bu à table
pendant le déjeuner. Alors, si les non-dupes
errent, pour l'entendement limité de l'intellectuel
moyen, que font les dupes ? Ils gouvernent,
ils éduquent, ils psychanalysent, trois
fonctions des plus difficiles à occuper,
selon Freud, ? Freud a écrit tout un
livre, difficilement traduisible en français,
sur le Witz, l'esprit, l'elfe, léger
comme l'air. Il s'appuie, pour décrire
cette formation de l'inconscient, sur l'humour
juif, l'art de la métaphore. Il est très
caractéristique de relever, à la
lecture de ce livre, que l'humour juif, plus ou
moins raffiné, s'adresse d'abord aux Juifs
eux-mêmes, comme au théâtre
où s'échangent des passes d'armes
inoffensives. Ils ne visent pas les régions
ou les pays voisins, ni leurs populations. Il
appliquent à eux-mêmes, êtres
humains incarnés et parlants, ce en quoi
ils ne sont guère xénophobes, le
narcissisme des petites différences.
Entre eux, ils ne se ménagent guère
(31).
Les traducteurs français ne sont pas toujours
exempts de manque de délicatesse. Ainsi,
dans la traduction de la correspondance Freud/Ferenczi,
Eugénie Sokolnicka, est appelée
“La Sokolnicka”. Peut-être
pour s'agréger Freud, lequel ne cache pas
l'antipathie personnelle qui l'anime
à l'égard de Sokolnicka et de ses
relations mondaines littéraires, scientifiques,
voire politiques, parisiennes (Pichon/Janet/Laforgue...
), dont il craint, non sans fondement, qu'elles
ne desservent la ψA.
Cet intitulé, “La Sokolnicka”
correspond littéralement aux appellations
courantes, habituelles, en allemand : Der
Untel, Die Unetelle. Seulement,
en français, appliqué spécialement
à une femme, c'est une injure. Nous ne
saurons jamais la cause réelle du suicide
d'Eugénie Sokolnicka, que l'on attribue
généralement à la montée
du nazisme en Allemagne, mais qui est vraisemblablement
beaucoup plus sordide et française, après
qu'elle eut été poursuivie juridiquement
par ceux-là même qu'elle avait formés,
pour exercice illégal de la médecine,
et ainsi réduite à l'indigence matérielle
et morale dans un pays hostile (32).
Lacan, contrairement à Freud, à
la pépinière d'analystes d'avant-,
et d'après-guerre en France, dont pour
ce qui concerne la formation que j'ai reçue,
principalement François Perrier et Françoise
Dolto, n'a laissé aucun ouvrage clinique,
une fois sa thèse universitaire de psychiatrie
soutenue en 1931. Cette thèse, à
propos de laquelle Clérambault évoquait
le plagiat, était basée sur un “cas”,
puisé dans un service psychiatrique. Le
“cas” était une femme, dont
Lacan a exploité le malheur jusqu'à
l'usure, n'ayant à aucun moment cherché
à soulager la détresse qui l'envahissait.
Il a continué d'ailleurs cette pratique
mandarinale d'exploitation, avec sa “présentation
de malades” à Ste Anne, à
laquelle j'ai assisté quelques fois, assez
écœurée par son manque de considération
pour autrui, lequel confinait carrément
au mépris. Ainsi a-t-il construit sa théorie
fameuse de la psychose, à partir de l'existence
réelle d'êtres internés en
psychiatrie, surmédicamentés, épinglés,
réels ou devenus “psychotiques”.
Théorie attractive, d'ailleurs elle fait
flores, elle serait l'unique terrain
de recherche intéressant la psychanalyse
“révisée” par les soins
de Lacan. Quand j'ai demandé, en 1971,
à une personne très proche de Lacan,
ce qui faisait qu'il n'avait pas trouvé
pertinent de rendre une petite visite à
Freud, mais seulement de lui expédier sa
thèse, comme on le fait entre collègues,
envoi auquel Freud répondit poliment par
un petit carton, un cartel, exactement sur le
même ton, il me fut répondu que,
à 30 ans, Lacan, préférait
garder cette part de son temps disponible pour
jouer au base-ball. J'espère qu'il s'agissait-là
d'une boutade... Car pour un Witz, ce
serait plutôt mince...
Et pourtant,
d'après Freud, Ferenczi et autres freudien/ne/s
de la première heure ou plus récents
dans le temps, la psychose ne ressortit pas à
la ψA. La ψA devant
une psychose, peut servir d'étai, de pondérateur,
peut permettre éventuellement d'aider,
avec le relais de l'équipe qui en prend
soin, le sujet à vivre “dehors”,
peut lui éviter l'internement chronique,
mais c'est à peu près tout.
La question qui apparaît, après ce“réquisitoire”
est : Comment t'es-tu retrouvée dans ces
alentours plutôt qu'ailleurs ? Parce qu'il
n'y avait pas de place ailleurs (33)
et que je n'ai qu'une vie.
Comment
être ψa...
Déclarer que l'on ne peut être psychanalyste
quand l'on est revenue d'Auschwitz, que l'on ne
peut l'être si l'on n'y a pas été
déportée, semblerait simplement
signifier qu'Auschwitz a anéanti la ψA en anéantissant le Juif Freud. Comment
Lacan a-t-il pu entériner cette double
négation ?
Ainsi, comment être ψa
en 2005, en France, quand la France, aujourd'hui
comme autrefois, persiste à ignorer Freud
(34)?
Il nous faut suivre Freud depuis 1896 (35),
année où il apparia, par un trait
d'union d'abord, la psyché avec l'analyse,
dans son sens premier, didactique. C'est l'année
de la mort de son père que Freud, témoin
de son temps, rendit public le nom qu'il avait
trouvé à partir de son expérience
pratique, à partir de ce qu'il entendait
et puis décryptait, selon une grammaire
absolument nouvelle. Ce qu'il avait vu aussi,
lors de présentations de malades et lors
de son passage à l'Institut Médico-Légal
de Paris. Ce nom fut Psycho-Analyse,
« Méthode de traitement des névroses
», qu'il a mise en pratique au rythme de
ce qu'il découvrait, qu'il a théorisée
et affinée à la lumière des
matériaux recueillis et ce, sur presque
un demi-siècle. Méthode scientifique,
Freud y tenait avant tout, puisque son approche,
ses hypothèses, s'étayaient des
matériaux recueillis, dont il vérifiait
les effets, la vérification permanente
des hypothèses, de leur mise en pratique,
étant le propre de la démarche scientifique.
Les effets, c'est-à-dire d'abord les symptômes,
lesquels étaient produits par des contradictions
internes qui immobilisaient l'évolution
de la psyché et rendaient la vie dans le
monde extérieur aussi bien que dans la
vie privée, infernale. Ces effets se manifestaient
sous forme de symptômes bien particuliers,
lesquels éclairaient la trame de l'inconscient
propre à chaque être humain. Ne négligeons
pas toutefois que Freud, via ses réflexions
sur la biologie, n'a jamais mis en doute le fait
que chaque être humain, au plan de la génétique,
celui de l'anatomie, des pulsions... , est biologiquement
constitué d'invariants. Un seul invariant
est unique à l'espèce humaine, et
il n'est pas biologique, c'est le langage. Là
où l'humain se distingue des entités
animale, végétale, minérale
et... atomique.
Personne, même les mieux
instruits et les mieux équipés,
avant Freud, n'avait osé mettre à
l'épreuve une théorie à partir
de l'hypothèse, qui est devenue une discipline,
littéralement parlant, d'un non savoir,
a priori, en tant que principe fondamental, sur
ce qui se passe dans l'inconsc main à vivre parmi
les autres, souvent à vivre tout court.
Et ce qui au début n'était qu'un
espoir s'est, au fil du temps, matériellement
confirmé, la ψA
aidait à vivre, là où toute
forme de “thérapeutique” antérieure
avait échoué. Les trois principaux
objectifs de base étaient pourtant simples
à comprendre, ils visaient à harmoniser
un peu d'amour - un peu de bonheur -, un minimum
d'aliénation dans la vie sociale, un peu
moins d'angoisse devant la mort. Mais, si des
échecs, dont toute démarche scientifique
implique la potentialité, pour atteindre
ces objectifs, étaient attendus, la difficulté,
les résistances [“à la guérison”,
selon l'expression de l'époque] que ce
travail rencontrait, tant de la part de l'analysant/e
que de l'analyste, n'étaient pas prévus.
Puis, Freud réunit le couple en un seul
vocable, Psychoanalyse, et lui trouva
une écriture, avec un joli Ψ majuscule, suivi du A majuscule
ou minuscule -ΨA,
Ψa, pour désigner
la psychanalyse, les psychanalystes, et ce qui
est psychanalytique.
C'est cette écriture
que j'ai reprise, mais avec un ψ minuscule/italique - que l'on retrouve
dans l'intitulé de notre association ψA, ψ• LE TEMPS DU NON.
La ψA n'est
pas de la psychologie, elle n'est pas un discours
sur la psyché, au moyen d'un vocabulaire
conceptuel propre à une spécialité.
Elle n'est pas un discours du tout. Elle n'a pas
de point commun non plus avec la psychiatrie,
puisqu'elle elle ne prescrit pas de pharmacopée
en vue de soigner la psyché, comme le savent
les analystes non-médecins et parfois quelques
médecins en analyse. Elle n'en est pas
la domestique ni la danseuse
- ce sont les mots de Freud -, pas plus qu'elle
ne l'est des autres spécialités
qui s'en annexent le nom. Elle n'est pas une
thérapie, quand la thérapie est
définie comme “méthode de
conditionnement et de déconditionnement”
de la psyché. Elle peut être un relais
thérapeutique, dont l'aboutissement sera,
comme tout relais, le moment où l'analysant/e
butera sur son narcissisme et choisira d'en rester
là avec l'analyse. Pour qu'une analyse
personnelle, en tant que telle, aille jusqu'à
son terme, l'analysant/e doit s'obliger à
se départir d'une attitude passive devant
son narcissisme quand il est envahissant, et s'employer
à le faire céder. C'est-à-dire,
sans rien attendre, espérer, ou projeter,
à partir du Moi, ou Moi/Je, à faire
céder le Lustprinzip - lequel
entretient la pulsion de mort, les retrouvailles
langoureuses avec le non-être, en conservant
un minimum d'énergie vitale, qui se fixe
à un état de stase, où le
flux pulsionnel congestionné fait du sur
place et s'altère, pour durer le plus longtemps
possible dans ce marigot. Ensuite, que l'on
devienne analyste ou pas n'est pas une question
particulièrement pertinente, cela n'a d'importance
que pour le sujet et pour son choix, l'essentiel,
concluait un jeune homme, c'est d'avoir, parmi
les autres, proches ou lointains, dans le monde,
devant soi, “une bonne vie”, intellectuellement
honnête.
La ψA
n'est pas une idéologie (36).
La ψA , n'est
rien d'autre que la ψA,
tout simplement. Le XXe siècle a donné
naissance, avec Freud, à une nouvelle dette
morale, pour ne pas dire éthique, de l'humain
à l'égard de l'histoire de la civilisation.
Pour ce qui est d'un domaine plus restreint,
la dette d'un/e ψa
à l'analyse, dès le début
de son analyse, qui jamais, ensuite, ne cessera,
consiste à ne pas être quelqu'un/e
commetoutlemonde et ce n'est pas facile.
Être commetoutlemonde en effet
ne nécessite pas d'analyse, donc pas d'analyste,
les analysant/e/s ont identifié ce fait,
le reconnaissent et le disent. Chacun/e découvre
lors de son analyse, sa singularité, même
pour qui avait le projet de devenir commetoutlemonde,
c'est-à-dire, en premier lieu, comme son
père et sa mère, auxquels vient
s'adjoindre l'environnement qui rend malade. Chacun/e
découvre au cours de l'analyse que son
psychisme d'homme ou de femme sexués, bien
qu'ayant de nombreux points de croisement, est
différencié par la nature, par l'anatomie,
par la représentation que chacun/e se fait
de soi-même, en tant qu'être sexué,
dans son rapport au monde extérieur...
En remontant toujours plus loin dans le temps,
chacun/e découvre la sexualité infantile,
ses ratés individuels qui infléchiront
la vie amoureuse ultérieure, s'en mêleront,
et bien souvent la manipuleront, renouvelant sans
cesse le phénomène de répétition,
les mêmes agissements, les mêmes mots,
les mêmes fantasmes, inscrits et fixés
très tôt, tout au début de
la vie. La psychanalyse, pour l'analyste,
c'est refaire pour son propre compte, avec ses
données propres, le chemin parcouru sa
vie durant par Freud. Pour l'analysant/e
qui ne deviendra pas analyste, la fin de l'analyse
se manifestera en son temps, celui d'y mettre
un terme, c'est un constat entre analysant/e et
analyste, personne ne peut [pré-]dire à
quel moment. Pour qui deviendra analyste, une
fin d'analyse n'est pas envisageable. Pour le
coup, elle tuerait l'analyse. Si technique
et théorie ne cessent de s'actualiser au
cours des générations et de l'évolution
- ou non - des idées, les fondations posées
par Freud demeurent stables, il n'y a aucune nécessité
à les remettre perpétuellement en
question, surtout quand on ne les a pas d'abord
explorées, de vouloir les “réviser”
- il utilise le verbe - comme Lacan le préconise
à son avantage dès 1938 dans «
La Famille », en pleine période d'instrumentation
de la fureur antisémite. L'analyste
n'étant pas dispensé, commetoutlemonde,
des invariants biologiques, pulsionnels et idéologiques
propres à l'espèce humaine, à
toutlemonde (37),
il doit à l'analyse d'apprendre à
les maîtriser pour pouvoir aider l'analysant/e
à ne plus en dépendre ni dépendre
d'autrui dans son choix de vie (38).
Le cheminement d'une analyse conduit à
ce qui portait du temps de Freud le nom de sublimation,
qui semblerait être peu à peu chu
en désuétude. Ce processus de sublimation
s'applique d'abord à la sphère privée
de l'analyste, au cours de son analyse préalable
à l'exercice de son métier. Il n'en
sera plus dissociable. L'analyste commetoutlemonde
dans la vie courante et comme personne dans le
métier, n'existe pas. Quand ce clivage
étanche se pratique tout de même,
cela crée des interférences dommageables
pour l'analysant/e. L'analyste apprend simplement,
dans son travail, à faire le vide, à
faire abstraction de ce qui ressortit à
sa sphère privée, il pourra d'ailleurs
par la suite à tout moment, simplement
pour réfléchir ou se délasser.
C'est ce qui le distingue de l'analysant/e, qui
au contraire n'apporte que le privé de
sa lourde biographie, qui l'entrave, le manipule
et parfois le terrasse. Là où
n'existe pas de ligne de partage, c'est dans le
domaine de l'honnêteté intellectuelle,
de l'honnêteté dans la vie. C'est
ce qui est exigé de l'analyste, et de personne
d'autre dans le social, du moment qu'elle, la
personne, fait son travail. L'un/e apprécie
l'autre, ou ne l'apprécie pas, pour ce
qu'il/elle est et, pour ce qui est de notre métier,
pour ce qu'il/elle pourrait devenir sans la pression
harcelante du symptôme. Ensuite, des goûts,
des couleurs, des apparences et des formes...
L'analyste doit à l'analyse d'avoir
la notion du temps, de sa vie et de celle de l'analysant/e,
qui passent. Côté transmission,
l'analyse tend à faire entendre quelque
chose à l'analysant/e, sa vie durant, de
la ligne de partage de chaque domaine, privé
ou public. Confondre le privé et le public,
pour l'analyste, c'est risquer de rendre agissant
le contre-transfert, le transfert qui le menace
en permanence. Faire, professionnellement, abstraction
du privé est indispensable pour prévenir
le danger d'éventuelles identifications
de l'analysant/e à l'analyste, alors prises
dans un transfert amoureux que l'analyste ne pourra
plus contrôler, qui le dépasseront,
qui pourront conduire l'analysant/e sur la pente
de la folie érotomaniaque, de l'automatisme,
de la psychose. Le transfert de l'analyste doit
être neutralisé d'abord pour donner
au symptôme de l'analysant/e les conditions
d'être à son tour neutralisé
(39), c'est
ce que, m'a-t-il semblé, essayaient de
transmettre, après Freud, Françoise
Dolto, François Perrier et bien sûr
quelques autres (40).
Qu'est-ce que le contre-transfert ? C'est
s'assurer que l'impression, à tous points
de vue perceptible, faite par l'analysant/e à
l'analyste ne l'entraînera pas, inconsciemment,
à reproduire soi-même ce dont il
faudrait aider l'autre à se défaire.
Ce fut de tous temps une illusion de penser ou
de laisser à penser que l'autre, l'analysant/e,
n'évoque rien pour l'analyste. De surcroît,
évoquer “rien” serait du mépris
pour l'autre qui n'est pas soi. Or, si le lacanisme
a passé, ni vu ni connu, un nouveau concept,
qui s'est substitué à celui de “neutralité
bienveillante”, laquelle neutralité,
bien ou mal veillante, c'est bien connu, n'existe
pas, c'est celui, absolu, de non-contre-transfert,
de non-transfert de l'analyste. L'analyste, du
coup, ne s'engage à rien, se dédouane
par avance, de toute responsabilité. D'ailleurs
les écrits lacaniens montrent que les lacaniens
ne s'occupent pas plus du concept de transfert
que celui de sexualité, chacun/e d'entre
“ces gens-là” continuant d'évoluer
à prix d'or dans sa bulle exclusivement
narcissique, inspirée de celle de Lacan.
Le non contre-transfert de l'analyste prive l'analysant/e
de l'épreuve difficile à franchir
et à dépasser de l'identification
à un “Moi(-Idéal)” de
son analyste, mais l'engage à fonctionner
par mimétisme direct ou par tropisme. Ce
phénomène produit des effets d'acting/s
permanents et consternants, au dehors comme au
dedans, qui surgissent sur la scène publique,
émanant d'êtres transformés
par leurs analystes en leurs caricatures, comme
produits d'une [inconsciente] manipulation mentale.
Cela aboutit à placer œdipiennement,
incestueusement, au même plan, la valeur
de tout et de n'importe quoi, à rabattre
les analysant/e/s à l'état de commetoutlemonde,
et commetoutlemonde n'est pas un nom
bien présentable. Un/e analyste est-il
ou non freudien, nous demande-t-on fréquemment.
La réponse ne nous appartient pas, seuls
les analysant/e/s en témoignent, personne
d'autre, de même seuls les analysant/e/s
témoignent de l'existence et la valeur
de l'analyse. Côté analyste, son
mode de formation et de contrôle est assez
simple, après qu'ils ait été
mis en place d'abord par Ferenczi qui, avec l'accord
de Freud, exigea l'analyse personnelle préalable
à toute pratique analytique, puis sans
cesse actualisé dans le siècle,
et tout particulièrement en France par
François Perrier (41).
À la différence de toutlemonde,
l'analysant/e apprend à dominer ses pulsions
meurtrières, tout en continuant à
ménager sa liberté à l'intuition
- l'insight, les antennes -, qui s'affine
avec le temps. Côté analystes, son
travail est authentifié par le devenir
de chacun/e de leurs analysant/e/s. Aussi simple
que ça. Pourtant la traversée
est ardue. D'ailleurs, côté analysant/e,
surgissent par intermittence des poussées
de haine contre l'analys[t]e, tant cette aventure
exige de patience, d'apprentissage du sang-froid,
pour accéder à la maîtrise
des pulsions et déjouer la tentation idéologique
[clonique]. Pour l'analyste, la haine de
l'analysant/e, sous une forme ou sous une différente,
est une denrée brute, la recevoir fait
partie du métier, puisqu'elle est transférentielle.
L'analysant/e ne sait pas encore, n'a pas encore
pu réaliser, que la maîtrise des
pulsions permet de laisser de la place, de l'air,
du temps, disponibles pour le loisir des sens
et des perceptions, pour cultiver son jardin,
espérait obtenir Candide. Nourrir ses perceptions
et son intelligence de ce qui ne fera pas effraction
dans l'équilibre interne, de ce qui permettra
à l'esprit de se déployer librement
et d'évoluer. Pour, si tout se passe à
peu près bien, acquérir le goût
de la dilection - mot que j'ai trouvé en
faisant des mots fléchés entre deux
séances. Le mot dilection vient du latin
“diligo”; “estimer, honorer,
aimer d'une affection fondée sur le choix
et la réflexion.”
Que demanderait-on
encore à l'analyste ? Une certaine aptitude
à faire confiance et à suivre, sous
contrôle toutefois, son “insight”,
les antennes personnelles précitées.
De devoir renoncer à plaire sur le mode
infantile, quoique cela n'implique pas de se négliger,
même physiquement, c'est encore plus compliqué
pour les femmes. De s'intéresser à
la parole du mal-être de l'être humain,
au moyen du mode de lecture proposé par
Freud, c'est-à-dire sans chercher à
se substituer à l'exercice et à
l'application, au vocabulaire codé d'un
métier qui n'est pas le sien (42).
De ne pas s'instituer en être d'exception
au sein même de la ψA, qui deviendrait alors l'une
des idéologies parmi d'autres. Car l'histoire
des idéologies a sinistrement démontré
que la couardise dans la psyché des candidats
autocrates, pouvant aller jusqu'à l'obséquiosité,
est un pôle d'identification pour des foules
d'électeurs, dans toutes les institutions
humaines de tous les temps, privées comme
publiques (43).
Quant à l'affinage, à l'affûtage,
au ciselage, de la théorie et de la pratique,
inscrite dans l'histoire, je ne peux en poser
que mes hypothèses subjectives, dans L'idéologie...
(44). Il
me semble que si le phénomène du
nazisme a voulu et a pu porter atteinte à
Freud, au point essentiel, fondamental de la ψA, c'est en s'employant à
disloquer ce qui structure l'humain dès
sa naissance, en s'ingéniant à détruire
les fondations sur lesquelles la structure œdipienne
est bâtie.
Freud, à 17 ans,
adolescent, 23 ans avant de trouver son nom à
la ψA, traduisait
pour sa classe directement Œdipe du grec
en allemand (45).
En ces temps de commémoration soixantenaire,
les nombreux suicides d'adolescent/e/s juifs,
avec une proportion nettement plus élevée
de filles, sur deux générations,
bientôt trois, dont les pères et
mères, les familles entières, ont
été anéantis en Europe lors
de la 2e Guerre Mondiale alors qu'ils venaient
de naître, ceux de jeunes Allemands aussi,
héritiers de la conduite inconcevable,
incompréhensible, de leurs parents, ne
sont que rarement évoqués. Il y
eut, dans l'après-guerre, quelques cas
d'emprisonnement, mais très peu, ces [ex-]enfants-là
n'ayant pas trouvé la force de recourir
à la délinquance juvénile.
De même n'entendons-nous guère parler
de ceux qui croupissent en services psychiatriques
et bientôt en mouroirs divers quand ils
sont un peu vieux, où ils rejoignent les
quelques déportés/revenus très
âgés, en passe de disparaître,
que l'on a abandonnés là, après
les avoir abandonnés chez eux, ou après
qu'ils aient carrément été
flanqués dehors par leurs propriétaires,
lesquels ne lésinent pas sur les moyens
les plus bas à mettre en œuvre pour
ce faire. Les plus chanceux de ces héritiers
européens de la déportation, ceux
qui en ont les ressources suffisantes, se voient
alors obligés d'émigrer en Israël
pour échapper à la perspective du
mouroir. Le passage du temps et des générations
nous a montré par ailleurs qu'en ce qui
concerne les analystes Juifs, Pas-Juifs, Autres,
grands et petits, estimés, reconnus ou
pas, dès qu'ils sont brutalement exclus,
et si par bonheur ils ont de la famille implantée
ici ou là, ils retournent, matériellement,
mourir dans leur pays/source. Les propriétaires,
immobiliers ou intellectuels, ceux de la pensée
unique, ont ceci de caractéristique qu'ils
ne parlent pas. Finauds, ils concoctent sans un
mot leurs sales “coups en douce”.
Ce sont les mêmes que Molière nommait
des hypocrites, des Tartuffe, des petits pervers
ordinaires et crades, sans loi ni parole, que
Molière encore définissait dans
Don Juan,
Sganarelle (à
Don Juan) “ …Qui n'a point de loi
vit en bête brute.”
J'ai d'ailleurs dû faire face à mon
tour à cette exclusion violente, 26 ans
après l'avoir déjà dénoncée
dans tout un livre (46).
C'est à cette occasion que j'ai constaté
combien grande avait été ma crédulité,
en faisant connaissance avec un certain milieu
juridique, dans lequel évoluent même
des Honorés de la Légion (47).
Parmi ces derniers, quelques uns se sont alignés
sur les propos de leurs amis analystes lacaniens,
dont celui auquel je m'étais adressée,
en toute confiance, dans l'affaire d'antisémitisme
à laquelle j'étais confrontée.
Avec assurance, sans aucun respect pour le sujet
quel qu'il soit, qu'ils sont censés défendre
et protéger, qui les paie grassement pour
choisir le mot le plus vulgaire possible, ils
empruntent à ces analystes-là leurs
injures en forme de diagnostic psychiatrique (48),
telles, pour n'en retenir qu'une, celle de “paranoïaque”
et préférentiellement en direction
des femmes. De surcroît, ils font cela sans
vergogne et sans aucun droit, me semble-t-il,
d'émettre un diagnostic relevant d'une
discipline ne ressortissant pas à leur
compétence professionnelle. À l'expérience,
Perrier a pu poser comme hypothèse que
les pervers rendaient l'hystérique paranoïaque.
Il me semble que nous pourrions étendre
ce désir de rendre paranoïaque, chez
les pervers, non seulement à l'hystérique,
mais à tout être humain parlant,
quelle que soit ou ne soit pas sa névrose. Seulement, les pervers s'en prennent préférentiellement
aux hystériques, les plus sadisables puisque
le pouvoir ne les intéresse pas, contrairement
à ce qu'on raconte. Les hystériques,
femmes et hommes, croient au miracle que produit
la baguette magique de la fée, qu'elles
incarneraient en même temps qu'elles seraient
les élues, féminines du père.
La mère, la femme du père, la rivale,
est souvent conçue comme une belle-mère,
la marâtre de La Belle au Bois Dormant,
celle qui interroge : “Petit miroir,
petit miroir, dis-moi qui est la plus belle...
” Par la magie d'une fée, étherée,
aérienne, voilà que le Prince Charmant,
même s'il a fait attendre le lecteur, vient
dénouer le fatum œdipien, vient enlever
La Belle dans les airs sur son alezan ailé.
C'est à cette occasion que j'ai constaté
que, comme dans d'autres domaines, en cas de malheur,
pas un/e analyste parmi “ces gens-là”,
comme la plupart de ceux qui ne le sont pas, presque
tous ceux auxquels on attribuait un minimum de
sympathie, ne se sont manifestés, sauf
pour appuyer, ouvertement (49),
un peu plus sur la tête de qui se trouve
dans l'embarras. Il y eut même une personne,
au moins, pour me le dire en toutes lettres, méchamment,
dont je ne répèterai pas le propos.
Pas une institution publique, pas une institution
privée, parmi celles auprès desquelles
je cotise souvent depuis plus de 30 ans, non plus.
C'est en ces occasions que l'on refond, une fois
de plus, tristement, son répertoire d'adresses,
lequel va se réduisant, inéluctablement,
avec le temps va tout s'en va...
C'est à
cette occasion que j'ai fini par admettre définitivement,
ç'aura été long, que la déportation
des Juifs d'Europe vers le Néant, n'avait
été d'aucun enseignement dans l'histoire
de l'humanité, pas plus que dans l'histoire
de la ψA,
que la solidarité de masse est une vue
conceptuelle idéaliste, quand les humains
continuent répétitivement de se
comporter comme si “ça” n'avait
jamais eu lieu. Ni les commémorations,
ni les rassemblements internationaux, ni les sons
et lumières de la mémoire n'ont,
à très court terme, de portée
pédagogique. Encore que, pour que la vie
soit tolérable, peut-être l'être
humain a-t-il raison d'oublier, une fois le premier
mouvement d'émotion évanoui.
Dans cette affaire d'exclusion, sur le plan institutionnel,
c'est grâce à l'efficacité
de la police et de personne d'autre qu'elle s'est
dénouée. Sur le plan personnel,
ce fut grâce à des amis - ils savent
ce que je leur dois - qui d'ailleurs ne se connaissaient
pas, à une petite chaîne ferme de
solidarités (50)
qui s'est formée, pour trouver un lieu
où exercer et vivre, où je vis et
exerce. Un très joli endroit, dans une
large allée calme, entre le Parc Georges
Brassens, La Ruche, la place qui porte le nom
du frère de Françoise Dolto et la
Halle aux Livres (51).
En ce même temps actuel, nous entendons
aussi beaucoup et partout déclarer par
diverses institutions et par abattage médiatique
que, lorsque la vie des ancien/ne/s déporté/e/s
revenu/e/s de Birkenau, pour certain/e/s maintenant
très âgé/e/s, les aura quitté/e/s,
il n'y aura plus personne pour témoigner
des chambres à gaz. Les lignées
d'enfants et de petits-enfants, bien ou mal vivants,
de déportés assassinés, remercient
les aînés de cette considération
à leur égard. Pourtant, ces héritiers-là
sont autant d'archives bien réelles, sont
autant de témoins, pour un bout de temps
encore, espérons-le. Ils savent parfaitement
où est passée leur parentèle.
Entendre ou lire de tels propos de la part de
déportés revenus, amène à
s'interroger avec inquiétude sur ce que
fut ou ne fut pas la solidarité dans les
camps, quand elle n'était pas induite par
une idéologie, communiste à l'époque
qui, bien que sélective, n'en fut pas moins
réelle.
Pour conclure, dans le fond,
qui était Freud, l'homme indissociable
de son œuvre (52),
sinon un Mensch, un être de parole,
généreux ou si l'on préfère,
maître de son narcissisme. Freud était
honnête, son respect de l'autre se manifestait
par le courage de dire, après mise à
l'épreuve, ce qu'il estimait juste, vrai,
au fur à mesure de l'évolution de
ses recherches, quitte à devoir parfois
reconnaître s'être trompé.
Au service de son invention, la ψA,
ce fut son style, sa façon singulière
de laisser trace de son passage dans l'histoire
des humains. De la modestie de l'homme de
science devant son œuvre, témoigne
cette lettre/réponse du 14 mai 1938, adressée
au délégué sioniste Israël
Cohen (53),
à Londres, où Freud vient d'être
accueilli et où il demandera bientôt
à Schur, de l'aider, comme convenu, à
ce que la vie le quitte puisqu'elle “n'a
plus aucun sens”.
« Cher
Monsieur,
À mes remerciements pour vos vœux
de bienvenue en Angleterre, j'ajouterai une petite
requête, celle de bien vouloir ne pas me
traiter comme un Leader in Israël. Je me
contenterais d'être simplement considéré
comme un modeste savant et de ne me mettre en
avant d'aucune autre manière. Bien que
bon Juif, qui n'a jamais renié la judéité,
je ne peux cependant pas ne pas prendre en compte
ma position négative absolue envers toute
religion, y compris la religion juive, qui me
met à part du plus grand nombre des nôtres
et me rend inapte au rôle que vous m'attribuez.
[N. B. Je viens
seulement de réaliser à retardement,
après 40 ans, en ce début mai 2005,
anniversaire de la naissance de Freud, mais aussi
de celle de ma mère, que j'ai l'impression,
tout à fait subjective, de ne pas exercer
du tout le même métier que les lacaniens.
Que l'on taxe mes écrits ou la personne
d'une injure supplémentaire, bien que j'aie
toujours témoigné de ma formation
et de mon travail analytiques, me laisse indifférente****.]
Printemps
2005
Notes
*
Lexique : ψa
= psychanalyste/s ;ψA
= psychanalyse, psychanalytique ;ψ • LE TEMPS DU NON =
Psi • LE TEMPS DU NON.
** Cf. Petit glossaire
des concepts freudiens appliqués à
la clinique selon François Perrier ; ψ•
LE TEMPS DU NON, 2000. 30
ans ont passé depuis cette réflexion,
extraite de La Chaussée d'Antin,
dont la dernière édition par Albin
Michel en 1994 n'est toujours pas épuisée.
1
M. W., sur le site : Compte-rendu du livre de Anne-Lise
Stern, Le savoir-déporté. Camps.
Histoire. Psychanalyse. Où elle mentionne
mon nom et celui de ψ• LE TEMPS DU NON car,
m'a-t-elle dit, toujours généreuse,
elle était obligée de le faire. Je
n'ai pas su si d'autres analystes français
avaient rendu compte de ce livre. 2
Il n'est pas indispensable de s'attarder sur mes
retours aux spéculations universitaires de
Lacan, je les mentionne en tant qu'elles ont intellectuellement
marqué et mis au pas philosophique, comme
écrivait Heidegger dans son Auto-Affirmation
de l'Université Allemande en 1933, déjà
deux générations, bientôt trois.
3 Ce vilain mot,
de castration, ne représente que la nécessité
de perdre, de laisser tomber quelque chose à
quoi l'on tient, même si elle n'existe pas,
pour accéder au champ de la métaphore,
du symbolique, de la sublimation. Pour l'enfant,
le réel n'est pas toujours agréable
mais ça passe très bien, souvent avec
colère, qui s'exprimera très vite
en paroles, mais sans haine. Le “stade du
caprice” lequel, s'il n'est pas satisfait,
dévoilerait une haine innée contre
ses semblables, est peut-être une invention
d'adulte. 4 C'est
en effet dans L'Analyse du Rêve que
l'on trouve chez Freud le terme de “structure”
et la référence, en note, à
la linguistique.
5
Cf. Une incroyable rêverie • Freud
et Jung à Clark, ψ • LE TEMPS DU NON, Paris,
1999. 6 Cf. M.
W., Commentaire du texte de Lacan, La
famille, 1938, publié à Paris
quand les nazis entraient dans Vienne. 7
En anglais pour conserver les genres masculin et
féminin.
8
Une analyse personnelle par son père, Freud,
inventeur de la ψA,
étant impensable et surtout irréalisable.
9 Cela se faisait encore
à l'époque en raison de la rareté
d'analystes solides, ce n'était pas une entreprise
idéale, mais toutlemonde sait que
l'idéal n'existe pas. 10
Abraham, Ferenczi, Jones, Pfister, Ludwig
Binswanger, Arnold Zweig... 11
Tels des auteurs rompus aux vagabondages dans la
psychologie sauvage, les termes de “psychanalyse”
et de “sauvage” s'opposant ici, comme
s'opposent ceux de “perversion” et de
“névrose”. 12
Chez l'érotomane, l'objet du fantasme, l'objet
“petit a”, est halluciné en grand
“A”. Lacan lui-même, dans l'un
de ses séminaires, définit l'érotomanie
comme la compulsion à se placer en “objet
a”, en objet masochiste du sadisme de l'autre.
Alors que, si l'érotomanie et la mystique
ont en commun qu'elles sont en permanence l'objet
du regard et de l'interpellation d'un autre surmoïque,
la première se fait et s'imagine être
l'objet de convergence de l'attention de chacun
et de tout le monde ; elle se distingue de la seconde,
qui est l'objet de l'intérêt d'un seul,
déifié. La mystique s'oppose à
l'érotomanie sur un point essentiel : elle
ne fait de mal à personne. 13
M.W., Commentaire, op. cit.
14
Il est permis d'espérer que l'on ne maîtrisera
jamais tout à fait les effets eux-mêmes,
sous peine de tarir l'évolution de la ψA,
puisqu'ils sont incarnés et subis par des
humains qui en infléchissent les formes,
la solidité, voire même l'esthétique.
Structure freudienne du discours théâtral
de chaque névrose, celui de l'obsessionnel,
caricature du discours de la religion ; de l'hystérie,
caricature du discours de l'art ; structure du discours
du rêve ; du discours des formations de l'inconscient
; structure de la grammaire de la ψA
en soi. En face, quasi en miroir déformant,
structure également, côté psychose,
du discours paranoïaque comme caricature d'un
discours délirant de la philosophie.
15 Telle la Vérité
Révélée, le Verbe Incarné.
16 Cela n'aide pas
à faire reconnaître la ψA
d'utilité publique depuis le temps, un siècle
! Lacan a pourtant essayé, à la fin
des années soixante-dix, de faire avaliser
son École par l'État, ce lui fut,
à juste titre, refusé. 17
Si l'inconscient est structuré comme un langage,
ce qui, remarquait Perrier est une tautologie, ce
n'est pas pour autant qu'il est collectivisable.
Il en est de même de la mémoire. L'inconscient,
qui anime, à partir de l'intérieur
de sa psyché, chaque être parlant,
est organisé à l'inverse de l'idéologie,
surmoïque, idéaliste, athée,
religieuse... qui, elle, est commandée au
psychisme de l'extérieur et aliène
le collectif. 18
Comment, outre les écrits et les groupes
de travail, savoir que l'analyste est expérimenté
? Depuis les débuts, quatre générations
d'analysant/e/s, ce sont eux les véritables
témoins, existent de par le monde... Ils
ne se distinguent de toutlemonde que si
la question de l'équilibre, des qualités
pour lesquelles ils sont estimés, leur est
posée, à laquelle ils peuvent, s'ils
le souhaitent, répondre simplement par “j'ai
fait une analyse”, sans plus. 19
Je ne me remettrai pas de la mort très prématurée
de Jacques, le mien, envoyé par ses proches,
intellectuels staliniens, contre ma mise en garde,
à un Lacan valétudinaire. C'était
un homme très jeune encore, Juif, héritier
de la déportation, mais “sous influence”.
Lacan fit avec insistance pression pour remplacer
Jacques par son père, médecin-chef
d'un petit monopole hospitalier du Sud-Est de la
France, plus intéressant pour sa renommée.
Je présume n'être pas seule à
avoir directement été atteinte par
une mort quasiment annoncée, quelques fois
après suicide. Le désastre se déroulait
au quotidien sous nos yeux. Cf. ma question : «
Comment être ψa...
» 20 Expression
que j'ai empruntée pour les désigner,
à Saïd Bellakdhar, avec son accord,
il y a vingt ans. 21
Où est aujourd'hui « L'autre scène
», celle de l'inconscient, quand l'analyste,
s'il est jugé présentable par les
critères médiatiques, se fait animateur
à la télé, tel un personnage
de comédie, au delà du maquillage
nécessaire, complété d'une
moumoute ou d'une perruque, éventuellement
lifté/e etc. ? 22
Si j'écrivais en langue verte, je dirais
qu'ils prennent ceux qui ne sont pas de leur monde,
autrement dit “Les gens”, pour...
des billes... Ils les toisent d'un mépris
sans doute inconscient, mais tout de même
assez net, c'en est parfois gênant. 23
Je me dois de préciser que cette manière
de faire ne s'adressait pas à moi. 24
Lesquel/le/s ne fabriquent pas, via l'utilisation
du transfert, des clones, c'est peut-être
la seule exception en ce domaine, mais préfèrent
garder tous les bénéfices pour leur
seul usage. Et n'appartiennent évidemment
pas à la même classe sociale que les
courageuses prolétaires “Filles de
joie”, chantées par Brassens. Ce sont
souvent aussi les mêmes qui déclarent
que l'évaluation du Q. I. ne signifie rien,
ne sert à rien. Et pourtant... la nature
est tellement injuste que l'important est davantage,
peut-être, de ne pas le laisser, son Q. I.
en friche, quel qu'en soit le niveau évalué.
25 Exceptés
ceux et celles qui avaient, au préalable,
fait un parcours personnel analytique classique
ailleurs. Chaque analysant/e, en cours d'analyse,
prend conscience, après quelque temps, des
modifications que la ψA
a entraînées sur sa façon d'entendre,
de se situer par rapport au monde extérieur,
d'être et de conduire sa propre vie, d'en
faire quelque chose et d'admettre qu'elle a une
fin. 26 Une religion,
les modes de penser, structurés à
partir du“Père” ou du “Fils
du Père” auront mieux servi, sur la
durée des comportements, Pétain que
Hitler, lequel n'était, contrairement à
Jésus-Christ, qu'un fils sans père,
Juif ou Pas, d'une mère non vierge.
27
Pour ma part, je ne me lance, quitte à passer
pour trop prudente, pas dans un travail avec des
“suicidaires” véritables, psychotiques
ou non, car ils ne le sont pas tous, loin s'en faut.
Quand il me semble avoir entendu une éventualité
de suicide réel chez quelqu'un/e, je lui
dis que je ne peux pas envisager ce risque, je lui
donne une adresse de psychiatre, dans l'immédiat,
en attendant d'y voir, si cela est possible, un
peu plus clair. Une telle prudence était
évidemment impossible du temps des débuts
de la ψA,
les traits psychiques, caractéristiques de
la névrose, étant encore à
l'état de friche. 28
Cf. François Perrier, Voyages extraordinaires
en Translacanie.
29
Le Witz, l'humour, le rêve et autres
formations de l'inconscient, exigent un patient
travail d'élucidation, du temps, de l'intérêt
pour la ψA.
Les lacaniens reflètent assez bien, sur trois
générations, le désarroi des
temps modernes face à la simple notion de
travail, sans lequel l'esprit, la vivacité,
la mémoire, la curiosité de savoir,
s'érodent et s'étiolent. 30
Viktor Klemperer, Ich will Zeugnis ablegen bis
zu Letzten ; G.-A. Goldschmidt, Quand Freud
attend le verbe. 31
Pour se rendre à l'évidence devant
ce mode d'échanges oral entre Juifs, il suffit
de lire Histoires Juives et Nouvelles
Histoires Juives, de Raymond Geiger, NRF, 1923-1925.
32 Sur l'héritage
français en matière de mépris
par le courant lacanien de psychanalyse, mais en
même temps sur l'expérience clinique
de l'auteur, on peut se reporter au livre de Maria
Pierrakos, « La tapeuse de Lacan »,
Paris, L'Harmattan, 2003. 33
C'est l'avantage des institutions où l'on
accepte toutlemonde, comme ça se présente,
à condition que ça paye. 34
Comme la France a ignoré, au plan des arts,
avec une grossièreté qui ne surprend
plus, pendant et après l'Occupation, l'artiste/interprète
Clara Haskil, grâce à A. Cortot, qui
ne craignait pas de l'injurier en tant que femme,
en tant que juive, et de la désavantager
en tant que pianiste. Il en fut de même, dans
le même contexte mais sans Cortot, pour Wanda
Landowska. 35 Cf.
infra, W. A. Kœlsch, Une Incroyable rêverie
• Freud et Jung à Clark, 1909.
36 Cf. 33e
des Nouvelles conférences, Die Weltanschauung.
37 Cf. Petit glossaire
des concepts freudiens appliqués à
la clinique selon François Perrier.
38 Avec les petits
enfants, ça va tout seul. 39
Petit glossaire... op. cit. 40
Une collègue me faisait finement remarquer
que, une fois le contre-transfert décodé,
il était alors neutralisé. Mais encore
faut-il que l'analyste se soit interrogé
sur cet écueil, dès le premier entretien
avec un/e postulant/e à l'analyse. De même,
l'analyse du rêve, entre autres outils de
confrontation avec le contre-transfert, dès
le début de la pratique analytique, est très
utile. 41 François
Perrier, La chaussée d'Antin, op.
cit. et Siegfried Bernfeld, De la formation
analytique, op. cit. 42
Autrement dit à ne pas proposer ses services
quand il ne lui a rien été demandé.
43 Cf. infra, Freud,
Pourquoi la guerre ? 44
Cf. infra sur le site, à « Courrier
». 45 Le
mythe d'Œdipe est désigné comme
tel, en ce que son auteur, Sophocle, décrit
une structure exemplaire, impensable par le réel
humain, imparfait de nature. C'est, dit Freud, le
privilège de l'artiste, que de condenser
en une œuvre sublime, fut-elle idéalement
négative, les éléments discrets
du réel humain. 46
M. W., avec Michèle Dacher, Histoire
de Louise, Le Seuil, 1979, préface de
Françoise Dolto. Françoise Dolto,
sur la dédicace de ses livres, écrivait
à mon intention que j'étais “messagère”
et “courageuse”, si tel est le cas,
elle n'y est pas pour rien, et c'est ce que j'essaie
de transmettre. 47
Cf. M. W., en anglais, A French Antisemitism.
48 On pourrait s'interroger
plus généralement de la valeur réelle
d'un diagnostic psychiatrique de la part d'analystes,
et surtout de ses conséquences. 49
Lorsque j'ai annoncé que, faute d'autre solution,
mon seul recours serait d'émigrer en Israël,
il me fut répondu de deux sortes : 1 - “C'est
ça, fais ça, ils [sic] ont besoin
d'analystes en Israël.” 2 [Les idéologues
- “Qu'est-ce que tu vas aller faire là-bas
? Ô, ben moi, je n'irais surtout pas.”
Y faire ? Ne pas mourir prématurément,
c'est aussi simple que ça. 50
Au pluriel, le terme “solidarités”
marque plus nettement encore sa différence,
laïque de comportement humain non mercantile,
avec celui, religieux, de “charité”.
Cette différence fut déjà,
il y a très longtemps, explicitée
dans l'Ancien Testament. 51
En prime, les Objets trouvés, l'École
des taxis, le Laboratoire de la police...
52
Cf. infra, Siegfried Bernfeld, De la
formation analytique, ψ • LE TEMPS DU NON, et
Ernst Federn, témoin de la psychanalyse,
Puf, 1994. 53 M.
W., La nuit tombe... ***
Qu'est-ce qu'être Juif ? Une hypothèse
serait peut-être, quels que soient les générations,
les hiérarchies, les idéologies, les
choix, les événements, les pratiques
religieuses plus ou moins orthodoxes, les sectes
laïques, chaque sujet parlant, de prendre en
compte une transmission culturelle et intellectuelle
de tous les temps, selon laquelle être Juif,
c'est être celui et celle qui ne croient ni
à un Rédempteur unique incarné,
ni à une Résurrection, laquelle représente
une position radicalement antipathique à
l'hypothèse de Freud quant à la pulsion
de mort, c'est-à-dire au retour du vivant
à l'inanimé originel, du corps et
de la psyché, au non-être absolu.
**** Ce n'est peut-être
que l'effet du temps qui passe, c'est comme si l'inconscient
se fermait à ce qui se répète
à l'identique et ne l'intéresse plus.
Plus
rien ne [se] refoule, chaque événement
du passé peut se retrouver, intact, sans
déformation, s'exploiter, mais est devenu
neutre.
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©
ψ
[Psi] • LE
TEMPS DU NON 2005 |
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