Lettre/réponse
à un Collègue au
sujet de la transmission de la psychanalyse20
juillet 2005
Cher
Collègue,
Il
ne s'agit pas de poser l'ancien article du
journal *** sur le site, puisque le quotidien
ne nous avait pas donné l'autorisation
de le faire.
Je pensais avoir été précise
dans mon courrier.
Je voulais juste dépanner les postulants
lecteurs en pièce jointe de mail, mais
seulement si le texte est numérisé.
Cet
article m'a été demandé
plusieurs fois, mais je ne sais plus où
il se trouve dans mes archives. C'était
une proposition, comme les autres, tout à
fait désintéressée, je
me contente de faire circuler les textes qui
me semblent devoir ne pas croupir, en rapport
intrinsèque avec la psychanalyse et
son histoire.
Comme vous le savez, je paie assez cher, ce
que personne d'autre parmi mes “honorés
collègues” ne fait, pour assurer
ce travail.
Et il n'est pas dans nos mœurs de publier,
que ce soit sur le site ou ailleurs, sans
l'autorisation de l'auteur ou de l'éditeur.
Ni d'emprunter intellectuellement à
autrui autrement qu'en mentionnant les sources,
et autres pratiques courantes
auxquelles notre association ne saurait s'abaisser..
Merci de votre contribution.
Bonne journée.
M. W.
Réflexion
autour de l'injure
Le
23 mars 2003, je ne me souviens plus pourquoi,
j'écrivais un court billet intitulé "
Qu'est-ce qu'un/e antisémite ? ", et que voici
:
Qu'est qu'un/e antisémite
?
Tout le monde le sait. À commencer par les antisémites
eux-mêmes. C'est un/e inculte volontaire.
Par conséquent, tout le monde sait en quoi consiste
la singularité du Juif, homme et femme, et
de là, la singularité du désir latent, par l'antisémite,
de l'exterminer. Cette singularité se manifeste
ainsi, que le mot Juif, au masculin et au féminin,
est la cible du concentré de toutes, absolument
toutes, les injures, d'ordinaire émises isolément
contre chaque personne ou groupe de personnes
n'ayant pas le pouvoir ou/et les moyens de se
défendre par la force, sous n'importe quelle
forme. Répondre - avoir répondu - alors aux
négationnistes, plus généralement à un/e antisémite,
aux antisémites groupés, s'insurger contre
leurs thèses, c'est dérouler un tapis rouge sur
lequel va évoluer, jusqu'à l'éclatement espéré
par eux, la bassesse humaine. À ces gens-là,
Juifs ou Pas-Juifs, ne parlons pas et ne voulons
rien en entendre et encore moins comprendre,
c'est une affaire de Droit, pas de relations humaines.
N'existons pas pour eux.
ø
L'injure est parfaitement définie dans le Grand
Usuel Larousse. « Injure [du latin injuria,
injustice] - Parole qui blesse d'une manière
grave et consciente. - Expression outrageante
qui ne renferme l'imputation d'aucun fait précis
(l'injure publique est un délit). » L'injure
est assez parente de l'ironie (voir les très intéressantes
définitions dans le Grand Usuel précité), qui,
selon François Perrier, est toujours un jugement
qui fait toujours une victime. L'ironie est
une prise de pouvoir totalitaire sur autrui et
tant pis si Socrate l'a pratiquée. Alors que,
ajoute Perrier, rien de plus désintéressé que
l'humour qui ne va pas sans une critique libre
de soi-même. L'humour est aussi un dévoilement
de l'objet sous un autre jour, mais dans une pudeur,
une réserve, une contention qui n'est pas celle
du comique avec ses effets de cirque, ses chutes
répétées. L'éthique de l'analyse est de ce côté-là.
Perrier prend ici le relais de Freud pour qui,
L¹humour a non seulement quelque chose de libérateur,
proche en cela de l¹esprit et du comique, mais
encore quelque chose de magnifique et d¹émouvant,
traits qui ne se retrouvent pas dans ces deux
autres modes, issus de l¹activité intellectuelle,
d¹acquisition d¹un surcroît de plaisir. Le magnifique
tient évidemment au triomphe du narcissisme, à
l¹immunité du Moi victorieusement affirmé. Le
Moi se refuse à se laisser entamer par les contraintes
de la réalité, à se laisser imposer la souffrance,
il résiste fermement aux atteintes des traumas
causés par le monde extérieur, dont il montre,
bien plus, qu¹ils peuvent devenir des agents d¹un
surcroît de plaisir. Ce dernier trait est la qualité
essentielle de l¹humour. Der Witz... La
psychanalyse et d'abord Freud, qui l'a mise en
œuvre, ont attiré particulièrement notre
attention sur ceci que l'injure est toujours sexuelle
ou mieux, à caractère sexuel. Pourquoi ? C'est
tout simplement que, lorsqu'on - toutlemonde
- injurie quelqu'un ou un groupe de personnes,
étiquetés comme appartenant à des entités artificielles
telles que “races”, voire “peuples”,
en plus pédant, “ethnies”, on vise
la provenance supposée d'une femme en tant que
mère, que fille, mère à son tour, ou encore la
mère de la mère d'une mère haïssable qui, pour
assurer la perpétuation de l'espèce, donc pour
commettre l'acte sexuel, se serait mêlée à des
gènes pas frais. Les gens du voyages, Tziganes
et Juifs, dont on avait déclaré que “la
vie était indigne d'être vécue”, les malades
mentaux, ceux aussi que l'on appelait les “anormaux”
physiques et psychiques, les vieux, les autres,
sont tous, un par un, mis au monde par une mère
que l'on suspecte, ou dont on suspecte la mère
ou la mère de la mère, d'être mélangée à une “race”²
que l'on décrète, pour des raisons absolument
subjectives, “inférieure”, sans quoi
elle n'aurait pas produit une ou des anomalies.
Il est une injure, appliquée aux Juifs en
permanence depuis 60 ans, celle de “paranoïaques”.
Dans Haaretz du 6 décembre 2002, le Pr. Gehad
Mazarweh, natif de Taibe, Arabe/Israélien, spécialiste
en Allemagne du traitement des victimes de tortures,
n'échappe pas à l'usage de cette qualification.
Pourtant, sa vie, son travail, ses amis, sa démarche
témoignent que l'on ne peut le suspecter d'antisémitisme.
Il écrit, relatant des propos antisémites entendus
en Allemagne, après qu'il ait pris conscience
d'un, je cite, ³grand trauma Juif², consécutif
à la Seconde Guerre Mondiale, et qu'il ait visité
Buchenwald, “J'en suis venu à considérer
que les Juifs avaient raison de vivre dans la
paranoïa. Nous, Arabes, devons reconnaître cela."
Pensée bien étrange, de la part d'un spécialiste
de la psyché. Je ne vois pas, hier aussi bien
qu'aujourd'hui, en quoi être réellement persécuté,
Mazarweh le fut lui-même, appartiendrait à la
nosographie de la paranoïa. Etre terrorisé à vie
par la marque de persécutions réelles antérieures
ou actuelles n'a jamais été un symptôme nécessaire
ni suffisant pour indiquer que les réellement
persécutés sont des paranoïaques, ou qu'ils le
deviendront. Phobiques, certainement, oui, pour
se protéger des agressions. Ou alors guerriers,
il n'y a pas tellement de choix possible. Rappelons
que la persécution dont souffre le malade paranoïaque
est imaginaire, c'est une production compliquée
de son esprit, qui n'a rien à voir ni à partager
avec celui de l'être humain doué de parole sous
le coup d'une tentative d'anéantissement.
Le paranoïaque, toujours selon Perrier, entend
des voix et ces « voix parlent à l'extérieur
de lui. Il demande qu'on renforce sa certitude
délirante. Il se fait persécuter par le structuré
imaginaire du “Qu'en dira-t-on ". »
Je ne me permettrais pas d'ajouter quoi que
ce soit aujourd'hui à cette définition.
M. W. 7 novembre 2003
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