Une
démarche révisionniste, un article
pitoyable Lettre
à Ursula Gauthier
« Le Nouvel Observateur
», semaine du jeudi 1er septembre
Micheline
Weinstein
Psychanalyste
Il
y a pas loin de dix ans maintenant, j'ai résilié
mon abonnement au « Nouvel Observateur
», à la suite d'un article,
accompagné ou non d'un dossier, je ne
me souviens plus, de la même inspiration
que le vôtre, dont je ne reproduirai pas
le titre. Lequel rend compte d'un livre de 800
pages dont on peut se demander quel est son
objectif, sinon celui d'injurier un homme, un
savant et son œuvre.
Ursula Gauthier, avez-vous lu Freud ?
Dans le cas contraire, je me permets de vous
reporter au Petit abrégé de
psychanalyse, de Freud, que je viens de
traduire, placé sur le site de notre
association, et que vous trouverez ici en pièce
jointe avec le début du Cours Élémentaire
de psychanalyse que je rédige actuellement. Le Cours Préparatoire étant
au préalable une analyse personnelle,
condition impérative pour en comprendre
les rudiments.
À la lecture de cette traduction, Jean
Pierre Faye remarquait que, depuis plus d'un
demi-siècle, le langage de Freud avait
été totalement recouvert par un
autre langage. Ce qui est, de la part des promoteurs
de cet autre langage, là aussi, une démarche
révisionniste.
Si Freud ne vous intéresse pas, pourquoi
nous présentez-vous ici, via un hebdomadaire
d'assez large diffusion intellectuelle, qui
semblerait préférer l'idéologie
de Houellebecq, rentable, porteuse, à
l'éthique de Freud, votre hargne, votre
transfert négatif contre la psychanalyse
?
Pourquoi ne pas garder votre haine pour vous,
faire avec la vie comme bon vous semble ? Quel
plaisir retirez-vous à l'exhiber dans
les médias ?
Si vous êtes mal informée, pas
très cultivée, si vous voulez
des preuves directes, concrètes, de l'efficacité
de la théorie et de la pratique analytiques,
prenez avis auprès des analysant/e/s
qui ont croisé et croisent par ici. Chacun/e
vous répondra volontiers, à partir
de son expérience propre, comparable
à aucune autre. C'est vraiment tout simple.
Ursula Gauthier, savez-vous que, sans la fortune
de Marie Bonaparte, en des temps bien antisémites,
la psychanalyse en France n'aurait ni Institutions
privées, ni Maisons Vertes pour les enfants,
et départements plus ou moins universitaires,
autres que junguiens, lacaniens et sectes ?
Ursula Gauthier, quel mépris pour les
remarquables cliniciens et théoriciens
français, depuis l'après 2e Guerre
Mondiale, tels - ce sont mes références,
il en est d'autres - Françoise Dolto,
François Perrier.
Peut-être serez vous intéressée
par la lecture du texte qu'a écrit Françoise
Dolto en 1983 à ma demande, pour une
conférence dont le sujet était
mon désaccord avec Lacan sur sa théorie
du “Stade du miroir”, à paraître
ce mois-ci chez Gallimard, dans un volume qui
rassemble sa Correspondance professionnelle.
Avez-vous, Ursula Gauthier, une idée
du respect que chaque être humain doit
à l'œuvre d'un auteur, d'un artiste,
fussent-ils Juifs, que l'on soit ou non en accord
avec leurs travaux. Qui aura marqué indéfectiblement
l'histoire de la civilisation et dont, pour
ne citer que Freud, trois sœurs ont été
assassinées dans les chambres à
gaz de Treblinka et d'Auschwitz ?
Les universitaires qui complètent votre
dossier et illustrent votre thèse, révisionniste
parce que non documentée, inculte, étayée
de ragots intellomondains, de jalousies infantiles
narcissiques primaires, ressemblent à
de bien vieilles lunes, d'une fraîcheur
contestable, apparues à notre consternation
en librairie depuis 15-20 ans, pour des motifs
aussi peu honnêtes que les assertions
négatives sans fondement que vous avez
trouvé à nous offrir aujourd'hui.
M. W.
2 septembre 2005
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