Marie
• 2ème partie
L'Annonciation
L'Annonciation,
l'annonce de la bonne nouvelle : Dieu envoie son
fils pour sauver les hommes, a très souvent
été représentée. Elle
met toujours en présence l'Ange et
Marie, avec quelquefois, sous forme de la colombe38 ou de l'éclair, le Saint-Esprit.
Les variations surtout dans le maintien et l'aspect
de Marie sont une indication des conceptions du
peintre et des conceptions théologiques.
À
la Scuola de San Rocco de Venise, Le Tintoret
a représenté l'Annonciation dans
le vaste cycle qui orne les murs. Marie est assise
à une table dans sa chambre, mais l'Ange
n'est pas le rassurant messager habituel. Par
une fenêtre, un ange vêtu de blanc,
les ailes battantes, plonge dans la pièce
et tend un doigt impérieux vers la colombe
dorée, le Saint-Esprit, qui projette un
filet de lumière vers le visage de Marie.
La colombe est suivie d'une foule d'angelots,
voletant et s'agitant, surgissant à travers
une lucarne. Marie, habillée simplement
d'une robe de couleur rouge assourdie, est assise
devant une table où elle devait filer39.
Au fond, devant un grand lit à baldaquin
entrouvert, un couffin, un berceau peut-être,
est posé sur un coffre. Devant, une chaise
basse dont l'empaillage se défait. La pièce
est plongée dans la pénombre, le
soir tombe, et seul un faible rayon du soleil
au crépuscule éclaire Marie. Surprise
par cette irruption, celle-ci se rejette en arrière,
tournant la tête vers l'Ange.
Ses
traits sans finesse, son visage halé, ses
cheveux bruns simplement coiffés en arrière
et couverts d'un foulard jaune, formant contraste
avec la coiffure blonde et bouclée de l'Ange,
ses mains grandes et fermes sont ceux d'une femme
habituée aux travaux des champs, non issue
d'une noble famille. Devant la fenêtre,
des matériaux de construction, le mur inachevé
qui coupe le tableau renforcent l'impression d'effraction,
de violence avec l'intrusion de l'Ange.
Titien
a peint également à la Scuola San
Rocco un tableau sur ce sujet, sa Vierge accueillant
l'Ange est dans le goût popularisé
auparavant par Bellini ou Botticelli.
Agenouillée
sur un prie-dieu, dans une vaste pièce
qu'on devine somptueuse, Marie est drapée
dans un grand voile bleu qui dévoile à
moitié des cheveux soigneusement coiffés
ainsi qu'une oreille finement ourlée. Son
visage est fin, d'une blancheur aussi aristocratique
que ses mains. Elle croise les bras sur sa poitrine,
protégeant son sein, incrédule devant
cet avènement annoncé (peut-être
même hésite-t-elle à dire
cette qu'elle n'a pas "connu" d'homme),
mais baissant les yeux, déjà elle
consent au message remis par l'Ange, lequel tient
un lis, symbole et garantie de pureté et
d'innocence. À ses pieds, dans un panier,
on aperçoit du linge et on devine que Marie
à déposé son ouvrage pour
prier dans le livre ouvert devant elle. Un oiseau
(une perdrix ?), une grenade (symbole de fécondité
et vitalité) sont autant d'appels aux symboles
habituels de la peinture de la Renaissance.
Titien
est résolument du côté de
l'humanisme renaissant, celui d'Érasme
et de tant d'autres qui se heurteront à
la violence déchaînée après
la Réforme. Tintoret passe outre ce monde
de luxe, de stabilité et de douceur de
vivre. La Contre-Réforme exalte l'effort
et les œuvres, la réalité d'un monde
dur et rempli de fanatisme. Le luxe dont est encore
entourée Marie chez le Titien fait place
à un monde en partie détruit, en
cours de reconstruction. La descendante de David
bénéficie encore de certains signes
du luxe (le lit), mais ce monde est dévasté
par les fanatismes, il doit se reconstruire et
s'amender. Pas de beau livre40, sans doute enrichi
d'enluminures et de belles calligraphies, mais
un petit opuscule, avec l'essentiel, des outils,
un rouet, de quoi rebâtir. En enfantant
le Fils de Dieu, elle permettra la Rédemption
du monde.
Dans
la salle des censeurs du Palais des Doges, Le
Tintoret a mélangé des représentations
de la Vierge aux portraits des censeurs de la
République41. Dans un coin de la pièce, juste
à côté de l'escalier descendant
du Pont des Soupirs, la prison du Palais, où
le peintre a choisi de représenter une
Annonciation. Marie et l'Ange sont coincés
entre le plafond et le haut de la coiffe de censeurs.
Le peintre n'a présenté que le visage
de Marie sous un voile carré, ses cheveux
sont cachés par un linge blanc. Le regard
surpris, presque hébété,
elle regarde devant elle ; l'Ange, dont on ne
voit que le buste, se penche vers elle, alors
qu'un petit éclair entre les deux symbolise
l'Esprit Saint. La scène donne l'impression
d'une grande tension, presque d'une oppression,
aucune joie n'est manifeste.
L'Annonciation,
la bonne nouvelle n'est, pour Le Tintoret, ni
joyeuse, ni recueillie, car pour Marie, elle était
l'annonce de beaucoup de malheurs et d'incertitudes.
Comment
Marie s'est-elle trouvée enceinte ?
Immaculée Conception - D'une
certaine façon, ce qui fait l'humain, c'est
ce qui vient d'ailleurs comme parole, c'est-à-dire
comme langage, comme verbe qui s'est fait chair.
La femme, elle, dans le réel de son corps
peut enfanter sans savoir ni pourquoi ni comment,
ça donne ce qu'on appelle des enfants naturels,
c'est à dire les enfants de la nature,
ce qui ne veut pas dire que la nature n'a pas
de voix (Elie Faure). La nature a au moins des
cris, mais le cri n'est pas une parole.
François Perrier – Petit glossaire des concepts freudiens
Autour
du futur fils de Marie, les naissances ont été
difficiles. Celle de Marie elle-même42 : Joachim,
le père de Marie, après une longue
période sans naissance, fait pénitence
40 jours. Prévenu par un ange, il revient
auprès de Anne, qui est enfin enceinte
de Marie. Mais aussi celle de Jean le Baptiste
: Elisabeth, parente de Marie, et Zacharie n'ont
pas d'enfant, ils sont vieux (Lc, 1.7s.) Zacharie
maudit le Seigneur de son infortune qui le met
au ban de la société. Elisabeth,
après l'intervention d'un ange, est enceinte
de celui qui sera Jean-Baptiste. Zacharie est
atteint de mutisme pour avoir douté de
la puissance du Seigneur, jusqu'à ce qu'il
donne à son fils, après sa naissance,
le nom de Jean (indiqué par l'Ange) et
non le sien, comme le voudrait la tradition.
La
naissance tardive de Jean-Baptiste apparaît
dans les Évangiles canoniques, celle de
Marie un siècle après dans le Proto-Évangile
: les Chrétiens ne pouvaient laisser une
telle origine miraculeuse au seul Jean-Baptiste,
dont certains biblistes pensent que Jésus
fut son "concurrent", arrivé
un peu plus tard dans la Judée de l'époque.
Chaque fois, une intervention divine est nécessaire,
preuve de la puissance du Père qui passe
outre la nature en rendant fertile la stérilité
avérée, mais ni le Proto-Évangile,
ni Luc ne disent formellement que Jean le Baptiste
et Marie sont conçus en dehors de la présence
de leur père.
Par
contre, en invoquant l'intervention divine, sans
semence masculine humaine, dans la conception
de Jésus, les Évangiles vont plus
loin. Jésus, le Verbe Incarné, le
Fils de Dieu, ne pouvait pas naître d'une
femme susceptible d'avoir "connu" un
homme, d'où la jeunesse et la virginité
de Marie.
Marie
est toute jeune, juste nubile (probablement entre
12 et 13 ans), quand elle se trouve enceinte.
Fiancée, elle doit à son futur mari
la même obéissance et la même
fidélité que si elle était
mariée. Pendant la période des fiançailles,
les relations sexuelles sont interdites avec son
fiancé Joseph, lequel est éloigné
; il peut donc difficilement être le concepteur.
Quelques
mots sur Joseph, l'époux de Marie
Les
Évangiles canoniques sont encore plus discrets
sur Joseph que sur Marie. Son rôle est loin
d'être négligeable, même tel
qu'il est résumé dans les Évangiles
: il remplit ceux d'un père de l'époque
: nommer, procéder aux rituels, nourrir…
Il prend les décisions importantes pour
la famille : partir à Bethléem,
fuir en Égypte, revenir à Nazareth.
Sans doute aussi donne-t-il à Jésus,
avec la Synagogue, une solide éducation
religieuse.
Sa
vie est décrite par les apocryphes, dont
l'Église a retenu quelques éléments.
Joseph n'a pas été choisi par Marie,
ce qui n'est pas contraire aux habitudes du temps
: les prêtres se sont chargés de
trouver un mari à leur pensionnaire parvenue
à l'âge du mariage. Les traditions
sont diverses : dans le Proto-Évangile,
les prêtres convoquent les veufs de Galilée,
chacun doit se munir d'une baguette. De celle
de Joseph sort une colombe qui le désigne
pour futur mari43. Parfois, le
choix est fait par tirage au sort. La filiation
de Joseph comme descendant de David, est confirmée
par Luc et Matthieu, selon des généalogies
différentes d'ailleurs. Cette ascendance,
qui permet aux Chrétiens de relier Jésus,
par le texte de la Bible, à l'histoire
du Peuple Élu, confortera auprès
de certains Juifs son rôle de Messie, libérateur
du peuple juif au sens réel du terme44.
Malgré
les allusions érotiques évidentes
(la verge qui fleurit !), il est notable que le
mythe parle toujours d'un homme d'expérience,
soit âgé, soit veuf. Il est moins
un époux qu'un père de substitution
: il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût
enfanté son fils premier-né ; et
il appela son nom Jésus (Mt
1.25). "Connut-il" par la suite Marie
? Rien ne l'indique formellement, mais rien ne
l'infirme. D'une certaine manière, il y
a (ou aurait eu) une métaphore de l'inceste
dans ces rapports entre un mari qui assume un
certain rôle de père pour son épouse45.
Cette question de l'inceste reviendra de divers
côtés.
Pour
Jésus, cette relation est également
complexe : son père nourricier n'est pas
son père, de l'aveu même de sa mère,
il le sait. Si Joseph ne touche pas son épouse,
pour le monde, il n'est plus le père, Jésus
doit en trouver un autre, celui des cieux se présente,
probablement par la voix de Marie.
Joseph
meurt sans doute avant que Jésus ne commence
sa prédication.
Alors
qui est le père de Jésus ? Celse,
à la suite semble-t-il de rabbins du 2e
siècle, accuse Marie d'avoir été
la maîtresse d'un soldat romain (cf. note
11), qui fait d'elle une traîtresse à
son mari et à son peuple, parmi probablement
bien d'autres inventions. Autre possibilité
: dans la région troublée et occupée
qu'était à l'époque la Palestine,
il n'était pas invraisemblable que, alors
par exemple qu'elle se rendait auprès d'Elisabeth,
sa parente, Marie ait subi les outrages de quelques
mauvais garçons, pourquoi pas de soldats
romains. Cela expliquerait que Joseph n'ait pas
répudié sa fiancée, alors
que selon le Deutéronome :
"Si une jeune fille vierge
est fiancée à quelqu'un… si c'est
dans la campagne que cet homme rencontre la jeune
fille fiancée, et qu'il lui fasse violence
et couche avec elle, l'homme qui aura couché
avec elle, seul mourra l46. Tu ne feras rien à la jeune fille ; il n'y a
pas en elle de crime passible de mort, car c'est
comme lorsqu'un homme se jette sur son prochain
et le tue, la cas est le même. Car c'est
dans la campagne qu'il l'a rencontrée,
la jeune fiancée a crié, mais il
n'y avait personne pour la secourir"
(Deutéronome 22.22-27)"
Campagne
ou soldat romain, la chance que quelqu'un vienne
la secourir était faible. Dans le cas où
Marie aurait eu un amant, en tant que fiancée,
elle aurait dû être lapidée
jusqu'à la mort avec lui. Dans Matthieu,
Joseph ne veut apparemment pas de cette issue47, et pense à
répudier secrètement Marie, ce qui
éviterait à celle-ci le châtiment
suprême : "Mais Joseph, son mari, étant juste, et ne voulant
pas faire d'elle un exemple, se proposa de la
répudier secrètement" - Mat
1-19.
L'intervention d'un ange le rassurera
sur l'origine divine de l'événement.
Le
Coran est plus cru : Pour Marie partie s'isoler
"loin en Orient", l'Esprit du Seigneur
"revêtit pour elle la semblance d'un humain
parfait." - (Sourate XIX -17),
qui lui fait le "présent d'un garçon tout pur"
- (Sourate XIX – 19s.).
Elle
(Marie) dit : "Comment
aurais-je un fils, quand aucun homme ne m'a touchée,
et je ne suis pas prostituée ?"
Revenue chez elle, Marie est fort
mal accueillie par "son peuple"
: "Marie, tu as commis une chose épouvantable ! Sœur
d'Aaron48, ton père n'était
pas un homme de mal, ni plus que ta mère
une gaupe49" (Sourate XIX – 27 et sq.). Six siècles
après les événements, le
Coran se fait ainsi l'écho des polémiques
qui définiront peu à peu le statut
de Marie dans la Chrétienté, revu
évidemment en fonction de la vision de
Mahomet. Pour que les proches de Marie changent
d'avis, l'enfant doit lui-même parler :
"Je suis esclave de Dieu. Il m'a conféré
l'écriture, il m'a fait prophète…
"
Finalement,
Joseph gardera Marie et son fils, et se comportera
suivant les règles d'un père de
famille de l'époque. Mais, malgré
sa bonté et sa bonne volonté, a-t-il
accepté aussi simplement et complètement
cet enfant qui ne venait pas de lui ? Dans quelle
mesure me mystère entourant le père
de J, cette tâche n'a-t-elle pas influé
sur la vie de l'enfant et du couple, sur le comportement
de cette mère qui se tait : "Et
sa mère conservait toutes ces paroles dans
son cœur" - Lc 2.51
? Quand Jésus rejette violemment sa mère
et ses frères (Lc 8.21 notamment),
peut-être exprime-t-il une blessure renouvelée
de jour en jour, dans une maison où se
seraient ajoutés les enfants du premier
lit de Joseph, s'ils existent, et ceux de sa mère
et de son père nourricier50?
Cette
recherche d'un hypothétique père
naturel, la manière dont il fut élevé,
ne sont évidemment que spéculations
historiques hasardeuses51.
Ce qui fonde la religion chrétienne, c'est
que Jésus est le Fils de Dieu, conçu
sans péché, et donc en dehors
des rapports sexuels habituels, entraînant
tout le Dogme avec ce mystère.
Enjeu
de la conception virginale de Jésus
"[Les
idées religieuses]… qui professent être
des Dogmes, ne sont pas les résidus de
l'expérience ou le résultat final
de la réflexion : elles sont des illusions,
la réalisation des désirs les plus
anciens, les plus forts, les plus pressants de
l'humanité ; le secret de leur force est
la force de ces désirs."
S.
Freud • L'avenir d'une illusion,
p. 43
Le
développement de la religion chrétienne,
qui met dès l'origine l'accent sur l'incarnation
du Verbe, de Dieu, en Jésus [Et la Parole devint Chair, et habita au milieu de nous
(et nous vîmes sa gloire, une gloire comme
d'un fils unique de la part du Père) pleine
de grâce et de vérité] - (Jn
1.14)) a inévitablement
conduit à préciser la nature de
Jésus et donc de sa conception.
L'idée
que Jésus soit le Fils de Dieu et qu'il
soit un homme comme les autres ou presque, que
Dieu se soit "commis" avec une mortelle,
qu'il ait d'une manière ou d'une autre
fécondé une femme pour donner chair
au Christ, était pour les Juifs comme pour
la plupart des hommes du premier siècle,
une idée parfaitement incongrue, voire
scandaleuse. Certes les naissances miraculeuses
existaient dans la Bible, mais toujours d'une
femme qui était considérée
comme stérile et s'en désolait,
ce qui induit qu'elle "connaissait"
des hommes52.
Sur
la virginité de la mère de Jésus,
les théologiens, cherchant systématiquement
dans l'Ancien Testament des correspondances avec
l'enseignement de Jésus, afin de renforcer
sa légitimité, font souvent référence
à Isaïe 7.14 : "C'est pourquoi le Seigneur
lui-même, vous donnera un signe : Voici
que la Vierge a conçu, et elle enfante
un fils, et elle lui donne le nom d'Emmanuel."53 Henri Meschonnic, traducteur de la Bible,
qui veut coller au texte hébreu par-delà
la traduction grecque de la Septante, pointe que
cette dernière a traduit fautivement a
alma - dont le sens exact est "jeune
fille"- par "vierge",
qui se dit en réalité betoula
en hébreu ancien. Isaïe ne met donc
pas l'accent sur la virginité, comme le
feront les auteurs Chrétiens à partir
d'une mauvaise traduction54.
Les
Grecs, et leurs dieux mythologiques descendant
fauter sous diverses formes avec des femmes mortelles,
y compris des vierges55,
n'étaient pas non plus prêts à
accepter cette idée : les fruits de ces
unions, généralement furtives et
toujours illicites, ne devenaient pas eux-mêmes
des dieux. En outre, il ne leur serait pas venu
à l'idée de dire qu'une femme était
restée vierge. Enfin, les philosophes grecs
avaient élaborés des systèmes
où, de nature, les dieux, moins futiles,
ne batifolaient plus ainsi et restaient dans l'Olympe56.
Pourtant
les penseurs chrétiens vont s'accrocher
à cette conception. a travers de très
nombreux conflits, la théologie chrétienne
va peu à peu à définir la
nature de Jésus et, à partir de
lui, le rôle et la place de Marie, sa mère.
L'idée que Jésus est à la
fois homme et (fils de) Dieu57 finalement triomphera, et donnera
à la religion chrétienne une réelle
solidité, confirmée par 20 siècles
d'existence.
58
Première
bataille contre le Docétisme : dès
le début du 2e siècle,
Martion et Valentin notamment, considèrent
le corps du Christ comme une apparence. Le corps
est l'instrument de la chute de l'homme, le principe
du mal. Jésus existe certes, il est bien
le fils de Marie, mais il n'est qu'un réceptacle,
non pas dans sa Chair de Fils de Dieu. Or, nier
le caractère humain de Jésus, c'est
réduire le don fait par Dieu.
Dans
un texte à Marcion, Tertullien (155 – 225)
valorise la gestation in utero : "Il reste que tu la rejettes
(l'incarnation) et que tu la dénonces comme
indigne de lui… Décris–nous donc ce ventre,
plus monstrueux de jour en jour, alourdi, tourmenté
et jamais en repos même dans le sommeil… Déchaîne-toi
maintenant contre les organes indécents de
la femme en travail qui l'honorent cependant par
le danger qu'elle court et qui sont naturellement
sacrés. …Tu méprises, Marcion, cet
objet naturel de vénération, et comment
es-tu né ? Tu hais la naissance de l'homme
: et comment peux-tu aimer quelqu'un ? … Ainsi,
en même temps que l'homme,
il [Dieu] a aimé sa naissance, il a aimé
sa chair. On ne peut pas aimer un être sans
aimer en même temps ce qui le fait être
ce qu'il est." 59 Texte étonnant car c'est par
des mots assez crus qu'il assume le développement
de l'enfant dans le ventre de la mère, l'enfantement
et ses douleurs, une attention portée à
la femme que l'on ne rencontre pas souvent60.
Enfin, le texte parle d'amour, ce qui sera rare
dans la suite des controverses.
La
conclusion du point de vue de Tertullien est la
suivante :
"Telle est la naissance nouvelle
où l'homme naît en Dieu, depuis que
Dieu est né en l'homme, prenant la chair
de l'ancienne semence, sans la semence ancienne,
c'est à dire spirituelle, et de la purifier
en la débarrassant des souillures de son
ancienne vie" - Tertullien, La Chair du Christ
61
Le
Fils de Dieu a pris chair d'homme (l'ancienne
semence), sans le péché (les souillures
de son ancienne vie) pour sauver les hommes, mais
il faut qu'il soit semblable à eux pour
que le sacrifice ait une valeur. Le Docétisme,
issu de la doctrine gnostique, fut donc condamné
par l'Église.
L'offensive suivante, vers 180, est la
symétrique de la précédente
: c'est Dieu lui-même qui s'est incarné,
est né, a souffert. Le Monarchianisme,
professé par Noët et Praxéas,
ne tint pas longtemps, il posait trop de problèmes
insolubles : Dieu ne pouvait avoir disparu pendant
tout ce temps (comment l'univers aurait-il alors
fonctionné ?). S'il avait continué
à "régner", ce serait
en réalité une fausse incarnation.
Le Père lui-même ne peut donc pas
être descendu dans Marie. À sa place,
il envoie un fils premier-né, si important
dans les civilisations méditerranéennes
comme successeur et porteur de l'autorité
paternelle, mais ce Fils doit être de même
nature que le Père. Celui-ci, selon un
développement dans la lignée de
la philosophie platonicienne où les hommes
ne distinguent que des images d'un principe essentiel,
fait émaner de lui son fils, comme une
sorte d'image de lui-même, qui devient le
Verbe incarné. Le Verbe (le Fils) "s'étant
vidé de sa condition de majesté"
- Origéne, Traité des principes
- s'incarne dans la Vierge, grâce à
l'Esprit Saint, qui, crûment dit, apporte
le sperme divin dans le ventre de Marie.
L'Arianisme : Jésus subordonné à
Dieu
Beaucoup
plus difficile à réduire fut la
proposition d'Arius, prêtre byzantin, et
de ses proches, à partir de 318 : le Christ
est créé par le Père, par
une décision de sa part, il n'y a donc
pas unité de substance avec Dieu.
"Dieu
voulant créer la nature produite, et voyant
qu'elle ne peut supporter la main nue du Père,
fait et produit en premier lieu et à lui
seul, un être unique et l'appelle Fils et
verbe, afin que tout puisse être posé
dans l'être par son intermédiaire"
- Arius62
Le
risque est grand pour l'Église : si l'homme
mort sur la Croix n'est pas Dieu, l'originalité
de son message disparaît, car la substance
de Dieu n'est pas morte sur la Croix, faisant
perdre au sacrifice une grande partie de sa valeur.
Il faut donc absolument que le Père et
le fils soient de la même nature. "Ainsi le Verbe supportait les infirmités
de la chair63, car la chair était
à lui, et sa chair collaborait aux œuvres
de sa divinité parce que sa divinité
était dans la chair" - Athanase, Discours
contre les Ariens. La question
n'était pas simple, et le triplement de
l'affirmation est probablement la marque d'une
difficulté à élaborer et
à formuler la doctrine. Le Concile de Nicée
en 326 confirmera cette position.
"En
effet, si les œuvres de la divinité du
verbe n'avaient pas été accomplies
dans un corps, l'homme n'aurait pas participé
à la divinité", id.
L'Arianisme
connaîtra néanmoins une certaine
expansion. Dans l'Empire son influence perdurera
jusqu'à la dernière décennie
du IVe siècle, y compris dans
certains cercles proches du pouvoir central. Constantin
lui-même, bien qu'il accepte et conforte
les décisions du Concile, restera pendant
sa vie dans une certaine ambiguïté.
Toutefois, l'Arianisme finit par disparaître
dans l'Empire Romain, à partir de la fin
du IVe siècle (Concile de Constantinople
en 381). Mais il s'implante durablement chez ceux
que les Grecs appelaient des "barbares",
hors de l'Empire. Quand l'Empire d'Occident tombe
sous les coups des germains au Ve siècle,
l'Arianisme revient avec eux, constituant un "grave
empêchement64" à la prééminence
du Catholicisme.
Pérennité
de l'Arianisme • Vaincu
dans les limites de l'Empire Romain, l'Arianisme
connaîtra un développement important
hors des frontières de Rome. Le Dogme du
Concile de Nicée l'avait emporté,
dans l'Empire notamment, parce qu'il avait reçu
l'appui de l'Évêque de Rome et des
autorités civiles. Mais l'Arianisme prospéra
bien au-delà, notamment dans les tribus
Goths campées sur les frontières,
notamment grâce à Ulfila.
Ulfila,
né en Gothie de parents d'origine cappadocienne,
région privilégiée de nombreux
Pères de l'Église, fut ordonnée
en 341, donc bien après Nicée, par
un arien, Eusébe de Nicomédie, probablement
à Constantinople, ce qui montre qu'à
l'époque, l'Arianisme était encore
loin d'être éradiqué même
dans la capitale de l'Empire d'Orient. Il traduisit
la Bible en gothique, avec une graphie qu'il inventât65. La doctrine
arienne, d'après les indices parvenus jusqu'à
nous dans les textes Chrétiens donc partiaux,
reconnaît en Jésus seulement un fils
créé, inférieur et postérieur
par rapport au Père des cieux. Intercesseur
entre Dieu et le monde, il a reçu de son
père sa puissance de création et
d'action. Cette doctrine privilégiait la
figure de Jésus comme héros de la
Foi, l'énergie et l'héroïsme
correspondant bien à une société
de guerrier66.
L'Arianisme
se diffusa parmi presque tous les peuples barbares
qui envahirent l'Empire d'Occident au Ve
siècle, y compris les Huns et aux Vandales.
Théodoric (454-526), roi de toute l'Italie,
Rome comprise, était Arien. Il tenta de
faire cohabiter les deux religions en bonne harmonie.
L'Église
trouva un allié puissant dans un roi resté
païen et son peuple : Clovis et les Francs.
L'adhésion de Clovis au catholicisme fut
un élément déterminant pour
le triomphe final de celui-ci : ses guerriers
solides, vaillants, aguerris, sans doute moins
policés que les envahisseurs précédents
par des contacts plus anciens avec les Romains,
apportèrent au Pape un soutien décisif
en soumettant sans ménagement les peuples
Ariens qu'ils bousculèrent.
L'Arianisme
ne parvint donc pas à s'imposer. Bien que
ses fidèles aient dominé militairement
la presque totalité de l'ancien Empire
Romain d'Occident, la grande majorité des
populations autochtones et des élites locales
restèrent fidèles à l'Église
de Rome. Plusieurs raisons conduisirent probablement
à cette pérennité de la Chrétienté
romaine :
-
Le Clergé Arien, isolé de l'effervescence
et des ressources culturelles de l'Empire Romain
ne bénéficiait pas du renouvellement
intellectuel et des recherches qui affinèrent
peu à peu la doctrine chrétienne
orthodoxe. Il se trouva démuni devant les
Clercs Chrétiens mieux formés et
rompus aux disciplines intellectuelles.
-
L'Arianisme était la religion des envahisseurs,
peu nombreux en définitive et séparés
de la masse de la population.
-
Jésus devenu dans l'Arianisme un dieu inférieur,
un héros, donc plus vraiment Dieu, ne portait
plus la même charge d'identification et
son sacrifice perdait de sa force.
En
outre, le peuple soumis retenait de l'Évangile
la promesse de Résurrection, la charité
et le soutien aux petits, aux faibles. Il ne pouvait
se reconnaître dans une religion qui privilégiait
l'énergie et la puissance.
Dans
cet ordre d'idées, il n'est probablement
pas indifférent que les récits Chrétiens
de cette époque fassent la part belle à
l'influence des femmes catholiques de certains
puissants : la mère de Théodoric
et son épouse, Clotilde, la femme de Clovis,
ainsi que Geneviève, la sainte patronne
de Paris, ou Radegonde, princesse de Thuringe.
Les
Ariens furent peu à peu convertis et refoulés.
En Espagne, dernier territoire où ils comptaient,
le roi Récarède se convertit au
catholicisme en 589. En 711, les Musulmans envahirent
la péninsule et soumirent très rapidement
la quasi-totalité du pays. Une grande partie
de la population rurale se convertit rapidement
à la nouvelle religion. L'imprégnation
chrétienne était donc faible et
l'Islam, avec son Dieu lointain, représentée
sur terre par le prophète, rencontrait
une certaine adhésion.
L'Arianisme,
comme Foi, avait vécu. Voltaire, dans son
Dictionnaire philosophique, le fait revivre
à le Renaissance, dans certaines doctrines
niant plus ou moins la Trinité67
: les Sociniens.
Jusque
là, Marie n'était pas au centre
des débats, mais Jésus devenant
consubstantiel à Dieu, sa mère n'a
pas seulement porté le Christ ("Christophoros"),
mais elle a donné chair à Dieu,
elle devient donc "Mère de Dieu"
("Théotokos")68. Le scandale
pour certains, est grand : comment une femme,
une mortelle ayant donc subi l'empreinte du péché
originel, peut-elle avoir porté Dieu ?
Elle dépasse peu à peu le rôle
de "mère porteuse" pour être
celle que le Père, à travers le
Saint-Esprit, a fécondée, qu'elle
soit impure devient inconcevable.
Le
Nestorianisme : Jésus divisé en
deux natures
Le
Concile de Nicée a laissé beaucoup
d'incertitudes, pour des raisons qui n'importent
pas vraiment ici. Le conflit va rebondir avec
les théories de Nestorius, plus d'un siècle
après Arius, en 428 : Jésus est
bien le Fils de Dieu et de Marie, mais coexiste
dans le Christ deux natures : une engendrée
de toute éternité par le Père
(réponse à Arius), et une humaine,
engendrée par une femme, Marie, qui existe
dans le temps. Marie est directement mise en cause
:
Dieu
a-t-il une mère ? Irréprochable
sera la païen qui introduit des mères
chez les dieux et menteur Paul qui a dit de la
divinité du Chris t"sans père,
sans mère et sans généalogie."
Non, Marie n'a pas engendré la divinité
car ce qui est né de la chair est chair,
la créature n'a pas engendré celui
qui est incréé,… n'a pas engendré
le créateur, …mais ...l'homme instrument
de la divinité." Nestorius, Sermo
IX, cité par Claverie, p. 324.
Nestorius
complète sa doctrine en précisant
que la filiation nouvelle de l'homme par la substitution
de la semence de l'Esprit Saint à celle
d'Adam, marquée par le mal, la chute, fait
renaître l'humanité.
Pendant
cette période, la religion chrétienne
est devenue définitivement une puissance
politique et religion officielle de l'Empire Romain.
Chaque camp utilisera ses appuis politiques et
ne répugnera pas à utiliser intimidations
et coups tordus69. Par l'intervention
du pouvoir politique, les conflits débordent
largement la sphère religieuse.
Cyrille,
Évêque d'Alexandrie sera l'un des
principaux protagonistes de ces conflits. Il s'est
distingué par son intolérance dans
son évêché. Il laisse tuer
Hypathie70, l'une des dernières représentantes
connues de la philosophie grecque et païenne,
et expulse les Juifs de sa ville. Ce personnage
va, notamment au Concile de Chalcédoine,
fixer définitivement ou presque la doctrine
de l'Église sur la nature du Christ et
à partir de là, consacrer la place
de Marie dans la Foi.
Car
il n'est pas vrai qu'il ait été
engendré d'abord comme un homme ordinaire
à partir de la Ste Vierge et qu'ensuite
le Verbe soit descendu sur lui, mais c'est pour
avoir été uni, à partir de
la matrice elle-même qu'il est dit avoir
subi la génération de sa propre
chair, et il est sorti homme d'une femme… Le Verbe
tout comme nous, a participé au sang et
à la chair, il a fait de notre corps son
propre corps." Cyrille d'Alexandrie, Lettres
festales, op. cité, p. 332.
Chez
l'homme, il y a un corps, une individualité
biologique et une âme rationnelle. Dans
le Christ, le Verbe a, dès l'origine, remplacé
l'âme individuelle. Marie est le lieu de
cette transformation, elle apporte l'hérédité
adamique71, régénérée
par le contact avec le Saint-Esprit.
"La
fécondité de la Vierge est un don
de l'Esprit Saint, mais un corps réel a
été tiré de son corps."
Lettre du Pape Léon à Flavien, op.
cité, p. 343.
La
décision définitive de Chalcédoine,
acquise à la suite de discussions qui n'ont
apparemment rien à envier au Congrès
de certains partis politiques contemporains72 affirme dans
la même phrase d'une part la double nature
de Jésus comme humain et divin "consubstantiel au Père selon la déité
et.. consubstantiel à nous selon l'humanité,
en tout semblable à nous, en tout sauf
le péché [quand même] engendré
par la Vierge Marie, Mère de Dieu selon
l'humanité, un seul et même Christ,
Fils, Seigneur… ",
d'autre part, la présence des deux natures,
indissociables : "la différence des deux natures n'étant
nullement supprimée à cause de l'union,
la propriété des natures étant
bien plutôt sauvegardée et concourant
à la formation d'une seule personne… "
Il
était important pour la doctrine chrétienne
que le Christ ait souffert, non seulement lors
de la Passion mais aussi des tentations dans le
désert ou à Gethsémani73, dans toute sa personne, donc y compris
dans sa nature divine.
Survie
du Nestorianisme
La
doctrine de Nestorius, venue plus spécialement
d'Antioche, va se développer à l'Est
de l'Empire Romain. Le christianisme était
apparu en Perse dès le 3e siècle,
mais était regardé avec méfiance
par les Sassanides qui suspectaient les Chrétiens
d'avoir des sympathies pour l'Empire Romain où
leurs coreligionnaires devenaient de plus en plus
proches du pouvoir. Les Chrétiens perses
furent donc conduits, pour leur survie, a manifester
leur indépendance par rapport à
Byzance et à Rome (qui proclame l'autonomie
de leur patriarcat en 424). Les Nestoriens, en
butte dans l'Empire aux persécutions religieuses,
trouvèrent un terrain favorable au-delà
des frontières orientales de celui-ci.
En 484, le Synode de Séleucie-Ctésiphon
proclama l'adhésion des Chrétiens
Perses au Nestorianisme. La première université
de théologie de la Chrétienté
fut créée à Nisibe en 490.
Contrairement
aux Ariens, les Nestoriens eurent une véritable
réflexion théologique. Ils rejetèrent
notamment un certain ascétisme : au début
du 6e siècle, temporairement,
le Clergé fut obligé de se marier,
y compris les évêques, conséquence
peut-être d'une moindre valorisation donnée
à la virginité de Marie, qui n'était
pas considérée comme Mère
de Dieu.
Les
Nestoriens n'eurent jamais le soutien du pouvoir
politique, et ne purent jamais s'imposer complètement
dans ces pays. Persécutés par les
Sassanides sous la pression du Clergé mazdéen,
la disparition de celui-ci au moment de la conquête
musulmane leur apporta un peu de paix. Les Nestoriens
traduisirent en arabe les textes philosophiques
et scientifiques grecs, permettant ainsi le développement
de la civilisation musulmane au 8e
siècle. À défaut de se développer
dans les pays devenus musulmans, le christianisme
va s'étendre vers l'Est, en Asie centrale
jusqu'en Chine (présence attestée
par la stèle de Si-ngan-fou en 781). Une
partie non négligeable des Mongols étaient
Nestoriens, mais leurs souverains eurent la mauvaise
idée de s'opposer à Gengis-Khan,
resté chamaniste. Par la suite, la plus
grande partie des Mongols se convertirent à
l'Islam ou s'intégrèrent à
la civilisation chinoise74.
Les
Nestoriens s'étendirent aussi en Inde et
dans le Caucase. Aux 14 et 15e siècles,
ils furent largement emportés dans la tourmente
qui secoua l'Asie centrale et orientale. Minoritaires
partout, ils diminuèrent rapidement. L'Église
chrétienne fit à diverses époques
des efforts pour les intégrer, notamment
lors du Concile de Florence, en 1439-1445. Ce
Concile tenta d'unir toute la Chrétienté,
y compris les Églises orthodoxes, notamment
pour lutter contre l'Islam menaçant. L'Église
romaine était prête à accepter
des différences de rites et d'organisations.
Elle connut certains succès, en Mésopotamie
en 1551 par exemple. Mais ce fut finalement assez
rare, la diminution de la pression turque et le
raidissement doctrinal du Concile de Trente rendant
probablement plus difficiles les rapprochements.
Ainsi la grande majorité des Chrétiens
indiens, qui avaient accepté leur rattachement
à Rome à 1599, rompirent un demi-siècle
plus tard pour se rattacher à l'Église
syrienne occidentale75.
Les
Chrétiens descendants de ces Églises
n'acceptent plus aujourd'hui l'appellation de
Nestoriens. Mais il en subsiste toujours, notamment
en Irak et en Iran. Dispersés, généralement
très minoritaires au sein de pays relevant
massivement d'autres religions, leur dynamisme
est faible. Ils sont souvent contraints à
l'exil par l'intégrisme islamique.
Certaines
Églises d'Orient, Nestoriens, Coptes, Arméniens,
Syriaques… se rapprochent des grandes obédiences,
Catholiques et Orthodoxes. Les Églises
arméniennes notamment se sont rapprochées
de l'orthodoxie76, mais beaucoup hésitent à
le faire, redoutant probablement l'interventionnisme
de ces organisations. Celles qui n'ont pas rejoint
les Églises catholiques ("Uniates")
ou orthodoxes, essaient de se regrouper au moins
au niveau de la représentation, par delà
de très anciennes fractures théologiques
(Églises non Chalcédoniennes, monophysites,
monothélismes…), ces querelles ayant sans
doute perdu de l'acuité dans la pensée
moderne. Il s'agit aussi sans doute pour elles
d'une question de survie pure et simple.
La
question de la nature humaine et/ou divine de
Jésus fera encore l'objet de bien des discussions
et hérésies (monophysisme, monothélisme),
mais la place de Marie dans l'orthodoxie est fixée
à ce moment-là : elle est Mère
de Dieu, et prend donc une place essentielle comme
"productrice" et garante de la nature
humaine de Jésus, Fils de Dieu et de même
nature que celui-ci.
Le
sacrifice réel, garantie de l'efficacité
de la Foi chrétienne
Mais
ne vous souvenez-vous pas de ce que vus faites,
de ce que font vos prêtres ? … Dieu n'est
pas une affaire de foi. Ce n'est pas la Foi qui
révèle : c'est la saveur – ce que
l'on appelle en hébreu, dans l'enseignement
traditionnel, thaam,
le goût sur la langue et dans la gorge.
Dans la célébration de la messe,
que faites-vous d'autre, sinon d'avoir un moment
de thaam,
de goût, de saveur.
Claude
Vigée77
La
double nature de Jésus enflamma surtout
les Églises d'Orient, à l'époque
où le dynamisme culturel et intellectuel
de l'Empire Romain était concentré
du côté de la Méditerranée
orientale. L'Empire d'Occident sombrait peu à
peu, sous les coups des grandes invasions, dans
l'anarchie et la dispersion.
L'importance
de la double nature de Jésus s'explique
par le Dogme de la présence réelle
du Christ dans l'hostie : le catholique ou l'orthodoxe
qui communie absorbe le corps du Christ lui-même
à la suite de son sacrifice. La messe est
la cérémonie au cours de laquelle
ce sacrifice s'accomplit. Elle est ordonnée
très précisément : lecture
de la Parole du Seigneur, Profession de Foi78,
Offrande à la divinité79,
reconnaissance des fautes, la Cène80, Communion, c'est à dire partage
du Corps du Christ.
Marie
• 3e partie
http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/Peyrard/mere3.html