Psi . le temps du non
Réflexions sur Marie (2ème partie)

Marie • 2ème partie

 

L'Annonciation

L'Annonciation, l'annonce de la bonne nouvelle : Dieu envoie son fils pour sauver les hommes, a très souvent été représentée. Elle met toujours en présence  l'Ange et Marie, avec quelquefois, sous forme de la colombe38 ou de l'éclair, le Saint-Esprit. Les variations surtout dans le maintien et l'aspect de Marie sont une indication des conceptions du peintre et des conceptions théologiques.

À la Scuola de San Rocco de Venise, Le Tintoret a représenté l'Annonciation dans le vaste cycle qui orne les murs. Marie est assise à une table dans sa chambre, mais l'Ange n'est pas le rassurant messager habituel. Par une fenêtre, un ange vêtu de blanc, les ailes battantes, plonge dans la pièce et tend un doigt impérieux vers la colombe dorée, le Saint-Esprit, qui projette un filet de lumière vers le visage de Marie. La colombe est suivie d'une foule d'angelots, voletant et s'agitant, surgissant à travers une lucarne. Marie, habillée simplement d'une robe de couleur rouge assourdie, est assise devant une table où elle devait filer39. Au fond, devant un grand lit à baldaquin entrouvert, un couffin, un berceau peut-être, est posé sur un coffre. Devant, une chaise basse dont l'empaillage se défait. La pièce est plongée dans la pénombre, le soir tombe, et seul un faible rayon du soleil au crépuscule éclaire Marie. Surprise par cette irruption, celle-ci se rejette en arrière, tournant la tête vers l'Ange.

Ses traits sans finesse, son visage halé, ses cheveux bruns simplement coiffés en arrière et couverts d'un foulard jaune, formant contraste avec la coiffure blonde et bouclée de l'Ange, ses mains grandes et fermes sont ceux d'une femme habituée aux travaux des champs, non issue d'une noble famille. Devant la fenêtre, des matériaux de construction, le mur inachevé qui coupe le tableau renforcent l'impression d'effraction, de violence avec l'intrusion de l'Ange.

Titien a peint également à la Scuola San Rocco un tableau sur ce sujet, sa Vierge accueillant l'Ange est dans le goût popularisé auparavant par Bellini ou Botticelli.

Agenouillée sur un prie-dieu, dans une vaste pièce qu'on devine somptueuse, Marie est drapée dans un grand voile bleu qui dévoile à moitié des cheveux soigneusement coiffés ainsi qu'une oreille finement ourlée. Son visage est fin, d'une blancheur aussi aristocratique que ses mains. Elle croise les bras sur sa poitrine, protégeant son sein, incrédule devant cet avènement annoncé (peut-être même hésite-t-elle à dire cette qu'elle n'a pas "connu" d'homme), mais baissant les yeux, déjà elle consent au message remis par l'Ange, lequel tient un lis, symbole et garantie de pureté et d'innocence. À ses pieds, dans un panier, on aperçoit du linge et on devine que Marie à déposé son ouvrage pour prier dans le livre ouvert devant elle. Un oiseau (une perdrix ?), une grenade (symbole de fécondité et vitalité) sont autant d'appels aux symboles habituels de la peinture de la Renaissance.

Titien est résolument du côté de l'humanisme renaissant, celui d'Érasme et de tant d'autres qui se heurteront à la violence déchaînée après la Réforme. Tintoret passe outre ce monde de luxe, de stabilité et de douceur de vivre. La Contre-Réforme exalte l'effort et les œuvres, la réalité d'un monde dur et rempli de fanatisme. Le luxe dont est encore entourée Marie chez le Titien fait place à un monde en partie détruit, en cours de reconstruction. La descendante de David bénéficie encore de certains signes du luxe (le lit), mais ce monde est dévasté par les fanatismes, il doit se reconstruire et s'amender. Pas de beau livre40, sans doute enrichi d'enluminures et de belles calligraphies, mais un petit opuscule, avec l'essentiel, des outils, un rouet, de quoi rebâtir. En enfantant le Fils de Dieu, elle permettra la Rédemption du monde.

Dans la salle des censeurs du Palais des Doges, Le Tintoret a mélangé des représentations de la Vierge aux portraits des censeurs de la République41. Dans un coin de la pièce, juste à côté de l'escalier descendant du Pont des Soupirs, la prison du Palais, où le peintre a choisi de représenter une Annonciation. Marie et l'Ange sont coincés entre le plafond et le haut de la coiffe de censeurs. Le peintre n'a présenté que le visage de Marie sous un voile carré, ses cheveux sont cachés par un linge blanc. Le regard surpris, presque hébété, elle regarde devant elle ; l'Ange, dont on ne voit que le buste, se penche vers elle, alors qu'un petit éclair entre les deux symbolise l'Esprit Saint. La scène donne l'impression d'une grande tension, presque d'une oppression, aucune joie n'est manifeste.

L'Annonciation, la bonne nouvelle n'est, pour Le Tintoret, ni joyeuse, ni recueillie, car pour Marie, elle était l'annonce de beaucoup de malheurs et d'incertitudes.

 

 

Comment Marie s'est-elle trouvée enceinte ?

Immaculée Conception - D'une certaine façon, ce qui fait l'humain, c'est ce qui vient d'ailleurs comme parole, c'est-à-dire comme langage, comme verbe qui s'est fait chair. La femme, elle, dans le réel de son corps peut enfanter sans savoir ni pourquoi ni comment, ça donne ce qu'on appelle des enfants naturels, c'est à dire les enfants de la nature, ce qui ne veut pas dire que la nature n'a pas de voix (Elie Faure). La nature a au moins des cris, mais le cri n'est pas une parole.

François Perrier – Petit glossaire des concepts freudiens

Autour du futur fils de Marie, les naissances ont été difficiles. Celle de Marie elle-même42 : Joachim, le père de Marie, après une longue période sans naissance, fait pénitence 40 jours. Prévenu par un ange, il revient auprès de Anne, qui est enfin enceinte de Marie. Mais aussi celle de Jean le Baptiste : Elisabeth, parente de Marie, et Zacharie n'ont pas d'enfant, ils sont vieux (Lc, 1.7s.) Zacharie maudit le Seigneur de son infortune qui le met au ban de la société. Elisabeth, après l'intervention d'un ange, est enceinte de celui qui sera Jean-Baptiste. Zacharie est atteint de mutisme pour avoir douté de la puissance du Seigneur, jusqu'à ce qu'il donne à son fils, après sa naissance, le nom de Jean (indiqué par l'Ange) et non le sien, comme le voudrait la tradition.

La naissance tardive de Jean-Baptiste apparaît dans les Évangiles canoniques, celle de Marie un siècle après dans le Proto-Évangile : les Chrétiens ne pouvaient laisser une telle origine miraculeuse au seul Jean-Baptiste, dont certains biblistes pensent que Jésus fut son "concurrent", arrivé un peu plus tard dans la Judée de l'époque. Chaque fois, une intervention divine est nécessaire, preuve de la puissance du Père qui passe outre la nature en rendant fertile la stérilité avérée, mais ni le Proto-Évangile, ni Luc ne disent formellement que Jean le Baptiste et Marie sont conçus en dehors de la présence de leur père.

Par contre, en invoquant l'intervention divine, sans semence masculine humaine, dans la conception de Jésus, les Évangiles vont plus loin. Jésus, le Verbe Incarné, le Fils de Dieu, ne pouvait pas naître d'une femme susceptible d'avoir "connu" un homme, d'où la jeunesse et la virginité de Marie.

Marie est toute jeune, juste nubile (probablement entre 12 et 13 ans), quand elle se trouve enceinte. Fiancée, elle doit à son futur mari la même obéissance et la même fidélité que si elle était mariée. Pendant la période des fiançailles, les relations sexuelles sont interdites avec son fiancé Joseph, lequel est éloigné ; il peut donc difficilement être le concepteur.

Quelques mots sur Joseph, l'époux de Marie

Les Évangiles canoniques sont encore plus discrets sur Joseph que sur Marie. Son rôle est loin d'être négligeable, même tel qu'il est résumé dans les Évangiles : il remplit ceux d'un père de l'époque : nommer, procéder aux rituels, nourrir… Il prend les décisions importantes pour la famille : partir à Bethléem, fuir en Égypte, revenir à Nazareth. Sans doute aussi donne-t-il à Jésus, avec la Synagogue, une solide éducation religieuse.

Sa vie est décrite par les apocryphes, dont l'Église a retenu quelques éléments. Joseph n'a pas été choisi par Marie, ce qui n'est pas contraire aux habitudes du temps : les prêtres se sont chargés de trouver un mari à leur pensionnaire parvenue à l'âge du mariage. Les traditions sont diverses : dans le Proto-Évangile, les prêtres convoquent les veufs de Galilée, chacun doit se munir d'une baguette. De celle de Joseph sort une colombe qui le désigne pour futur mari43. Parfois, le choix est fait par tirage au sort. La filiation de Joseph comme descendant de David, est confirmée par Luc et Matthieu, selon des généalogies différentes d'ailleurs. Cette ascendance, qui permet aux Chrétiens de relier Jésus, par le texte de la Bible, à l'histoire du Peuple Élu, confortera auprès de certains Juifs son rôle de Messie, libérateur du peuple juif au sens réel du terme44.

Malgré les allusions érotiques évidentes (la verge qui fleurit !), il est notable que le mythe parle toujours d'un homme d'expérience, soit âgé, soit veuf. Il est moins un époux qu'un père de substitution : il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté son fils premier-né ; et il appela son nom Jésus (Mt 1.25). "Connut-il" par la suite Marie ? Rien ne l'indique formellement, mais rien ne l'infirme. D'une certaine manière, il y a (ou aurait eu) une métaphore de l'inceste dans ces rapports entre un mari qui assume un certain rôle de père pour son épouse45. Cette question de l'inceste reviendra de divers côtés.

Pour Jésus, cette relation est également complexe : son père nourricier n'est pas son père, de l'aveu même de sa mère, il le sait. Si Joseph ne touche pas son épouse,  pour le monde, il n'est plus le père, Jésus doit en trouver un autre, celui des cieux se présente, probablement par la voix de Marie.

Joseph meurt sans doute avant que Jésus ne commence sa prédication.

 

Alors qui est le père de Jésus ? Celse, à la suite semble-t-il de rabbins du 2e siècle, accuse Marie d'avoir été la maîtresse d'un soldat romain (cf. note 11), qui fait d'elle une traîtresse à son mari et à son peuple, parmi probablement bien d'autres inventions. Autre possibilité : dans la région troublée et occupée qu'était à l'époque la Palestine, il n'était pas invraisemblable que, alors par exemple qu'elle se rendait auprès d'Elisabeth, sa parente, Marie ait subi les outrages de quelques mauvais garçons, pourquoi pas de soldats romains. Cela expliquerait que Joseph n'ait pas répudié sa fiancée, alors que selon le Deutéronome :

"Si une jeune fille vierge est fiancée à quelqu'un… si c'est dans la campagne que cet homme rencontre la jeune fille fiancée, et qu'il lui fasse violence et couche avec elle, l'homme qui aura couché avec elle, seul mourra l46. Tu ne feras rien à la jeune fille ; il n'y a pas en elle de crime passible de mort, car c'est comme lorsqu'un homme se jette sur son prochain et le tue, la cas est le même. Car c'est dans la campagne qu'il l'a rencontrée, la jeune fiancée a crié, mais il n'y avait personne pour la secourir"      (Deutéronome 22.22-27)"

Campagne ou soldat romain, la chance que quelqu'un vienne la secourir était faible. Dans le cas où Marie aurait eu un amant, en tant que fiancée, elle aurait dû être lapidée jusqu'à la mort avec lui. Dans Matthieu, Joseph ne veut apparemment pas de cette issue47, et pense à répudier secrètement Marie, ce qui éviterait à celle-ci le châtiment suprême : "Mais Joseph, son mari, étant juste, et ne voulant pas faire d'elle un exemple, se proposa de la répudier secrètement" - Mat 1-19. L'intervention d'un ange le rassurera sur l'origine divine de l'événement.

Le Coran est plus cru : Pour Marie partie s'isoler "loin en Orient", l'Esprit du Seigneur "revêtit pour elle la semblance d'un humain parfait." - (Sourate XIX -17), qui lui fait le "présent d'un garçon tout pur" - (Sourate XIX – 19s.). Elle (Marie) dit : "Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m'a touchée, et je ne suis pas prostituée ?" Revenue chez elle, Marie est fort mal accueillie par "son peuple" : "Marie, tu as commis une chose épouvantable ! Sœur d'Aaron48, ton père n'était pas un homme de mal, ni plus que ta mère une gaupe49" (Sourate XIX – 27 et sq.). Six siècles après les événements, le Coran se fait ainsi l'écho des polémiques qui définiront peu à peu le statut de Marie dans la Chrétienté, revu évidemment en fonction de la vision de Mahomet. Pour que les proches de Marie changent d'avis, l'enfant doit lui-même parler : "Je suis esclave de Dieu. Il m'a conféré l'écriture, il m'a fait prophète… "

Finalement, Joseph gardera Marie et son fils, et se comportera suivant les règles d'un père de famille de l'époque. Mais, malgré sa bonté et sa bonne volonté, a-t-il accepté aussi simplement et complètement cet enfant qui ne venait pas de lui ? Dans quelle mesure me mystère entourant le père de J, cette tâche n'a-t-elle pas influé sur la vie de l'enfant et du couple, sur le comportement de cette mère qui se tait : "Et sa mère conservait toutes ces paroles dans son cœur" -  Lc 2.51 ? Quand Jésus rejette violemment sa mère et ses frères (Lc 8.21 notamment), peut-être exprime-t-il une blessure renouvelée de jour en jour, dans une maison où se seraient ajoutés les enfants du premier lit de Joseph, s'ils existent, et ceux de sa mère et de son père nourricier50?

Cette recherche d'un hypothétique père naturel, la manière dont il fut élevé, ne sont évidemment que spéculations historiques hasardeuses51. Ce qui fonde la religion chrétienne, c'est que Jésus est le Fils de Dieu, conçu sans péché, et donc en dehors des rapports sexuels habituels, entraînant tout le Dogme avec ce mystère.

Enjeu de la conception virginale de Jésus

"[Les idées religieuses]… qui professent être des Dogmes, ne sont pas les résidus de l'expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs."

S. Freud • L'avenir d'une illusion, p. 43

Le développement de la religion chrétienne, qui met dès l'origine l'accent sur l'incarnation du Verbe, de Dieu, en Jésus [Et la Parole devint Chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d'un fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité] - (Jn 1.14)) a inévitablement conduit à préciser la nature de Jésus et donc de sa conception.

L'idée que Jésus soit le Fils de Dieu et qu'il soit un homme comme les autres ou presque, que Dieu se soit "commis" avec une mortelle, qu'il ait d'une manière ou d'une autre fécondé une femme pour donner chair au Christ, était pour les Juifs comme pour la plupart des hommes du premier siècle, une idée parfaitement incongrue, voire scandaleuse. Certes les naissances miraculeuses existaient dans la Bible, mais toujours d'une femme qui était considérée comme stérile et s'en désolait, ce qui induit qu'elle "connaissait" des hommes52.

Sur la virginité de la mère de Jésus, les théologiens, cherchant systématiquement dans l'Ancien Testament des correspondances avec l'enseignement de Jésus, afin de renforcer sa légitimité, font souvent référence à Isaïe 7.14 : "C'est pourquoi le Seigneur lui-même, vous donnera un signe : Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et elle lui donne le nom d'Emmanuel."53 Henri Meschonnic, traducteur de la Bible, qui veut coller au texte hébreu par-delà la traduction grecque de la Septante, pointe que cette dernière a traduit fautivement a alma - dont le sens exact est "jeune fille"- par "vierge", qui se dit en réalité betoula en hébreu ancien. Isaïe ne met donc pas l'accent sur la virginité, comme le feront les auteurs Chrétiens à partir d'une mauvaise traduction54.

Les Grecs, et leurs dieux mythologiques descendant fauter sous diverses formes avec des femmes mortelles, y compris des vierges55, n'étaient pas non plus prêts à accepter cette idée : les fruits de ces unions, généralement furtives et toujours illicites, ne devenaient pas eux-mêmes des dieux. En outre, il ne leur serait pas venu à l'idée de dire qu'une femme était restée vierge. Enfin, les philosophes grecs avaient élaborés des systèmes où, de nature, les dieux, moins futiles, ne batifolaient plus ainsi et restaient dans l'Olympe56.

Pourtant les penseurs chrétiens vont s'accrocher à cette conception. a travers de très nombreux conflits, la théologie chrétienne va peu à peu à définir la nature de Jésus et, à partir de lui, le rôle et la place de Marie, sa mère. L'idée que Jésus est à la fois homme et (fils de) Dieu57 finalement triomphera, et donnera à la religion chrétienne une réelle solidité, confirmée par 20 siècles d'existence. 58

Première bataille contre le Docétisme : dès le début du 2e siècle, Martion et Valentin notamment, considèrent le corps du Christ comme une apparence. Le corps est l'instrument de la chute de l'homme, le principe du mal. Jésus existe certes, il est bien le fils de Marie, mais il n'est qu'un réceptacle, non pas dans sa Chair de Fils de Dieu. Or, nier le caractère humain de Jésus, c'est réduire le don fait par Dieu.

Dans un texte à Marcion, Tertullien (155 – 225) valorise la gestation in utero : "Il reste que tu la rejettes (l'incarnation) et que tu la dénonces comme indigne de lui… Décris–nous donc ce ventre, plus monstrueux de jour en jour, alourdi, tourmenté et jamais en repos même dans le sommeil… Déchaîne-toi maintenant contre les organes indécents de la femme en travail qui l'honorent cependant par le danger qu'elle court et qui sont naturellement sacrés. …Tu méprises, Marcion, cet objet naturel de vénération, et comment es-tu né ? Tu hais la naissance de l'homme : et comment peux-tu aimer quelqu'un ? … Ainsi, en même temps que l'homme, il [Dieu] a aimé sa naissance, il a aimé sa chair. On ne peut pas aimer un être sans aimer en même temps ce qui le fait être ce qu'il est." 59 Texte étonnant car c'est par des mots assez crus qu'il assume le développement de l'enfant dans le ventre de la mère, l'enfantement et ses douleurs, une attention portée à la femme que l'on ne rencontre pas souvent60. Enfin, le texte parle d'amour, ce qui sera rare dans la suite des controverses.

La conclusion du point de vue de Tertullien est la suivante :

"Telle est la naissance nouvelle où l'homme naît en Dieu, depuis que Dieu est né en l'homme, prenant la chair de l'ancienne semence, sans la semence ancienne, c'est à dire spirituelle, et de la purifier en la débarrassant des souillures de son ancienne vie" - Tertullien, La Chair du Christ 61

Le Fils de Dieu a pris chair d'homme (l'ancienne semence), sans le péché (les souillures de son ancienne vie) pour sauver les hommes, mais il faut qu'il soit semblable à eux pour que le sacrifice ait une valeur. Le Docétisme, issu de la doctrine gnostique, fut donc condamné par l'Église.

L'offensive suivante, vers 180, est la symétrique de la précédente : c'est Dieu lui-même qui s'est incarné, est né, a souffert. Le Monarchianisme, professé par Noët et Praxéas, ne tint pas longtemps, il posait trop de problèmes insolubles : Dieu ne pouvait avoir disparu pendant tout ce temps (comment l'univers aurait-il alors fonctionné ?). S'il avait continué à "régner", ce serait en réalité une fausse incarnation. Le Père lui-même ne peut donc pas être descendu dans Marie. À sa place, il envoie un fils premier-né, si important dans les civilisations méditerranéennes comme successeur et porteur de l'autorité paternelle, mais ce Fils doit être de même nature que le Père. Celui-ci, selon un développement dans la lignée de la philosophie platonicienne où les hommes ne distinguent que des images d'un principe essentiel, fait émaner de lui son fils, comme une sorte d'image de lui-même, qui devient le Verbe incarné. Le Verbe (le Fils) "s'étant vidé de sa condition de majesté" - Origéne, Traité des principes - s'incarne dans la Vierge, grâce à l'Esprit Saint, qui, crûment dit, apporte le sperme divin dans le ventre de Marie.

L'Arianisme : Jésus subordonné à Dieu

Beaucoup plus difficile à réduire fut la proposition d'Arius, prêtre byzantin, et de ses proches, à partir de 318 : le Christ est créé par le Père, par une décision de sa part, il n'y a donc pas unité de substance avec Dieu.

"Dieu voulant créer la nature produite, et voyant qu'elle ne peut supporter la main nue du Père, fait et produit en premier lieu et à lui seul, un être unique et l'appelle Fils et verbe, afin que tout puisse être posé dans l'être par son intermédiaire" - Arius62

Le risque est grand pour l'Église : si l'homme mort sur la Croix n'est pas Dieu, l'originalité de son message disparaît, car la substance de Dieu n'est pas morte sur la Croix, faisant perdre au sacrifice une grande partie de sa valeur. Il faut donc absolument que le Père et le fils soient de la même nature. "Ainsi le Verbe supportait les infirmités de la chair63, car la chair était à lui, et sa chair collaborait aux œuvres de sa divinité parce que sa divinité était dans la chair" - Athanase, Discours contre les Ariens. La question n'était pas simple, et le triplement de l'affirmation est probablement la marque d'une difficulté à élaborer et à formuler la doctrine. Le Concile de Nicée en 326 confirmera cette position.

 "En effet, si les œuvres de la divinité du verbe n'avaient pas été accomplies dans un corps, l'homme n'aurait pas participé à la divinité", id.

L'Arianisme connaîtra néanmoins une certaine expansion. Dans l'Empire son influence perdurera jusqu'à la dernière décennie du IVe siècle, y compris dans certains cercles proches du pouvoir central. Constantin lui-même, bien qu'il accepte et conforte les décisions du Concile, restera pendant sa vie dans une certaine ambiguïté. Toutefois, l'Arianisme finit par disparaître dans l'Empire Romain, à partir de la fin du IVe siècle (Concile de Constantinople en 381). Mais il s'implante durablement chez ceux que les Grecs appelaient des "barbares", hors de l'Empire. Quand l'Empire d'Occident tombe sous les coups des germains au Ve siècle, l'Arianisme revient avec eux, constituant un "grave empêchement64" à la prééminence du Catholicisme.

Pérennité de l'Arianisme • Vaincu dans les limites de l'Empire Romain, l'Arianisme connaîtra un développement important hors des frontières de Rome. Le Dogme du Concile de Nicée l'avait emporté, dans l'Empire notamment, parce qu'il avait reçu l'appui de l'Évêque de Rome et des autorités civiles. Mais l'Arianisme prospéra bien au-delà, notamment dans les tribus Goths campées sur les frontières, notamment grâce à Ulfila.

Ulfila, né en Gothie de parents d'origine cappadocienne, région privilégiée de nombreux Pères de l'Église, fut ordonnée en 341, donc bien après Nicée, par un arien, Eusébe de Nicomédie, probablement à Constantinople, ce qui montre qu'à l'époque, l'Arianisme était encore loin d'être éradiqué même dans la capitale de l'Empire d'Orient. Il traduisit la Bible en gothique, avec une graphie qu'il inventât65. La doctrine arienne, d'après les indices parvenus jusqu'à nous dans les textes Chrétiens donc partiaux, reconnaît en Jésus seulement un fils créé, inférieur et postérieur par rapport au Père des cieux. Intercesseur entre Dieu et le monde, il a reçu de son père sa puissance de création et d'action. Cette doctrine privilégiait la figure de Jésus comme héros de la Foi, l'énergie et l'héroïsme correspondant bien à une société de guerrier66.

L'Arianisme se diffusa parmi presque tous les peuples barbares qui envahirent l'Empire d'Occident au Ve siècle, y compris les Huns et aux Vandales. Théodoric (454-526), roi de toute l'Italie, Rome comprise, était Arien. Il tenta de faire cohabiter les deux religions en bonne harmonie.

L'Église trouva un allié puissant dans un roi resté païen et son peuple : Clovis et les Francs. L'adhésion de Clovis au catholicisme fut un élément déterminant pour le triomphe final de celui-ci : ses guerriers solides, vaillants, aguerris, sans doute moins policés que les envahisseurs précédents par des contacts plus anciens avec les Romains, apportèrent au Pape un soutien décisif en soumettant sans ménagement les peuples Ariens qu'ils bousculèrent.

L'Arianisme ne parvint donc pas à s'imposer. Bien que ses fidèles aient dominé militairement la presque totalité de l'ancien Empire Romain d'Occident, la grande majorité des populations autochtones et des élites locales restèrent fidèles à l'Église de Rome. Plusieurs raisons conduisirent probablement à cette pérennité de la Chrétienté romaine :

- Le Clergé Arien, isolé de l'effervescence et des ressources culturelles de l'Empire Romain ne bénéficiait pas du renouvellement intellectuel et des recherches qui affinèrent peu à peu la doctrine chrétienne orthodoxe. Il se trouva démuni devant les Clercs Chrétiens mieux formés et rompus aux disciplines intellectuelles.

- L'Arianisme était la religion des envahisseurs, peu nombreux en définitive et séparés de la masse de la population.

- Jésus devenu dans l'Arianisme un dieu inférieur, un héros, donc plus vraiment Dieu, ne portait plus la même charge d'identification et son sacrifice perdait de sa force.

En outre, le peuple soumis retenait de l'Évangile la promesse de Résurrection, la charité et le soutien aux petits, aux faibles. Il ne pouvait se reconnaître dans une religion qui privilégiait l'énergie et la puissance.

Dans cet ordre d'idées, il n'est probablement pas indifférent que les récits Chrétiens de cette époque fassent la part belle à l'influence des femmes catholiques de certains puissants : la mère de Théodoric et son épouse, Clotilde, la femme de Clovis, ainsi que Geneviève, la sainte patronne de Paris, ou Radegonde, princesse de Thuringe.

Les Ariens furent peu à peu convertis et refoulés. En Espagne, dernier territoire où ils comptaient, le roi Récarède se convertit au catholicisme en 589. En 711, les Musulmans envahirent la péninsule et soumirent très rapidement la quasi-totalité du pays. Une grande partie de la population rurale se convertit rapidement à la nouvelle religion. L'imprégnation chrétienne était donc faible et l'Islam, avec son Dieu lointain, représentée sur terre par le prophète, rencontrait une certaine adhésion.

L'Arianisme, comme Foi, avait vécu. Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, le fait revivre à le Renaissance, dans certaines doctrines niant plus ou moins la Trinité67 : les Sociniens.

 

Jusque là, Marie n'était pas au centre des débats, mais Jésus devenant consubstantiel à Dieu, sa mère n'a pas seulement porté le Christ ("Christophoros"), mais elle a donné chair à Dieu, elle devient donc "Mère de Dieu" ("Théotokos")68. Le scandale pour certains, est grand : comment une femme, une mortelle ayant donc subi l'empreinte du péché originel, peut-elle avoir porté Dieu ? Elle dépasse peu à peu le rôle de "mère porteuse" pour être celle que le Père, à travers le Saint-Esprit, a fécondée, qu'elle soit impure devient inconcevable.

Le Nestorianisme : Jésus divisé en deux natures

Le Concile de Nicée a laissé beaucoup d'incertitudes, pour des raisons qui n'importent pas vraiment ici. Le conflit va rebondir avec les théories de Nestorius, plus d'un siècle après Arius, en 428 : Jésus est bien le Fils de Dieu et de Marie, mais coexiste dans le Christ deux natures : une engendrée de toute éternité par le Père (réponse à Arius), et une humaine, engendrée par une femme, Marie, qui existe dans le temps. Marie est directement mise en cause :

Dieu a-t-il une mère ? Irréprochable sera la païen qui introduit des mères chez les dieux et menteur Paul qui a dit de la divinité du Chris t"sans père, sans mère et sans généalogie." Non, Marie n'a pas engendré la divinité car ce qui est né de la chair est chair, la créature n'a pas engendré celui qui est incréé,… n'a pas engendré le créateur, …mais ...l'homme instrument de la divinité." Nestorius, Sermo IX, cité par Claverie, p. 324.

Nestorius complète sa doctrine en précisant que la filiation nouvelle de l'homme par la substitution de la semence de l'Esprit Saint à celle d'Adam, marquée par le mal, la chute, fait renaître l'humanité.

Pendant cette période, la religion chrétienne est devenue définitivement une puissance politique et religion officielle de l'Empire Romain. Chaque camp utilisera ses appuis politiques et ne répugnera pas à utiliser intimidations et coups tordus69. Par l'intervention du pouvoir politique, les conflits débordent largement la sphère religieuse.

Cyrille, Évêque d'Alexandrie sera l'un des principaux protagonistes de ces conflits. Il s'est distingué par son intolérance dans son évêché. Il laisse tuer Hypathie70, l'une des dernières représentantes connues de la philosophie grecque et païenne, et expulse les Juifs de sa ville. Ce personnage va, notamment au Concile de Chalcédoine, fixer définitivement ou presque la doctrine de l'Église sur la nature du Christ et à partir de là, consacrer la place de Marie dans la Foi.

Car il n'est pas vrai qu'il ait été engendré d'abord comme un homme ordinaire à partir de la Ste Vierge et qu'ensuite le Verbe soit descendu sur lui, mais c'est pour avoir été uni, à partir de la matrice elle-même qu'il est dit avoir subi la génération de sa propre chair, et il est sorti homme d'une femme… Le Verbe tout comme nous, a participé au sang et à la chair, il a fait de notre corps son propre corps." Cyrille d'Alexandrie, Lettres festales, op. cité, p. 332.

Chez l'homme, il y a un corps, une individualité biologique et une âme rationnelle. Dans le Christ, le Verbe a, dès l'origine, remplacé l'âme individuelle. Marie est le lieu de cette transformation, elle apporte l'hérédité adamique71, régénérée par le contact avec le Saint-Esprit.

"La fécondité de la Vierge est un don de l'Esprit Saint, mais un corps réel a été tiré de son corps." Lettre du Pape Léon à Flavien, op. cité, p. 343.

La décision définitive de Chalcédoine, acquise à la suite de discussions qui n'ont apparemment rien à envier au Congrès de certains partis politiques contemporains72 affirme dans la même phrase d'une part la double nature de Jésus comme humain et divin "consubstantiel au Père selon la déité et.. consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous, en tout sauf le péché [quand même] engendré par la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur… ", d'autre part, la présence des deux natures, indissociables : "la différence des deux natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété des natures étant bien plutôt sauvegardée et concourant à la formation d'une seule personne… "

Il était important pour la doctrine chrétienne que le Christ ait souffert, non seulement lors de la Passion mais aussi des tentations dans le désert ou à Gethsémani73, dans toute sa personne, donc y compris dans sa nature divine.

 

Survie du Nestorianisme

La doctrine de Nestorius, venue plus spécialement d'Antioche, va se développer à l'Est de l'Empire Romain. Le christianisme était apparu en Perse dès le 3e siècle, mais était regardé avec méfiance par les Sassanides qui suspectaient les Chrétiens d'avoir des sympathies pour l'Empire Romain où leurs coreligionnaires devenaient de plus en plus proches du pouvoir. Les Chrétiens perses furent donc conduits, pour leur survie, a manifester leur indépendance par rapport à Byzance et à Rome (qui proclame l'autonomie de leur patriarcat en 424). Les Nestoriens, en butte dans l'Empire aux persécutions religieuses, trouvèrent un terrain favorable au-delà des frontières orientales de celui-ci. En 484, le Synode de Séleucie-Ctésiphon proclama l'adhésion des Chrétiens Perses au Nestorianisme. La première université de théologie de la Chrétienté fut créée à Nisibe en 490.

Contrairement aux Ariens, les Nestoriens eurent une véritable réflexion théologique. Ils rejetèrent notamment un certain ascétisme : au début du 6e siècle, temporairement, le Clergé fut obligé de se marier, y compris les évêques, conséquence peut-être d'une moindre valorisation donnée à la virginité de Marie, qui n'était pas considérée comme Mère de Dieu.

Les Nestoriens n'eurent jamais le soutien du pouvoir politique, et ne purent jamais s'imposer complètement dans ces pays. Persécutés par les Sassanides sous la pression du Clergé mazdéen, la disparition de celui-ci au moment de la conquête musulmane leur apporta un peu de paix. Les Nestoriens traduisirent en arabe les textes philosophiques et scientifiques grecs, permettant ainsi le développement de la civilisation musulmane au 8e siècle. À défaut de se développer dans les pays devenus musulmans, le christianisme va s'étendre vers l'Est, en Asie centrale jusqu'en Chine (présence attestée par la stèle de Si-ngan-fou en 781). Une partie non négligeable des Mongols étaient Nestoriens, mais leurs souverains eurent la mauvaise idée de s'opposer à Gengis-Khan, resté chamaniste. Par la suite, la plus grande partie des Mongols se convertirent à l'Islam ou s'intégrèrent à la civilisation chinoise74.

Les Nestoriens s'étendirent aussi en Inde et dans le Caucase. Aux 14 et 15e siècles, ils furent largement emportés dans la tourmente qui secoua l'Asie centrale et orientale. Minoritaires partout, ils diminuèrent rapidement. L'Église chrétienne fit à diverses époques des efforts pour les intégrer, notamment lors du Concile de Florence, en 1439-1445. Ce Concile tenta d'unir toute la Chrétienté, y compris les Églises orthodoxes, notamment pour lutter contre l'Islam menaçant. L'Église romaine était prête à accepter des différences de rites et d'organisations. Elle connut certains succès, en Mésopotamie en 1551 par exemple. Mais ce fut finalement assez rare, la diminution de la pression turque et le raidissement doctrinal du Concile de Trente rendant probablement plus difficiles les rapprochements. Ainsi la grande majorité des Chrétiens indiens, qui avaient accepté leur rattachement à Rome à 1599, rompirent un demi-siècle plus tard pour se rattacher à l'Église syrienne occidentale75.

Les Chrétiens descendants de ces Églises n'acceptent plus aujourd'hui l'appellation de Nestoriens. Mais il en subsiste toujours, notamment en Irak et en Iran. Dispersés, généralement très minoritaires au sein de pays relevant massivement d'autres religions, leur dynamisme est faible. Ils sont souvent contraints à l'exil par l'intégrisme islamique.

Certaines Églises d'Orient, Nestoriens, Coptes, Arméniens, Syriaques… se rapprochent des grandes obédiences, Catholiques et Orthodoxes. Les Églises arméniennes notamment se sont rapprochées de l'orthodoxie76, mais beaucoup hésitent à le faire, redoutant probablement l'interventionnisme de ces organisations. Celles qui n'ont pas rejoint les Églises catholiques ("Uniates") ou orthodoxes, essaient de se regrouper au moins au niveau de la représentation, par delà de très anciennes fractures théologiques (Églises non Chalcédoniennes, monophysites, monothélismes…), ces querelles ayant sans doute perdu de l'acuité dans la pensée moderne. Il s'agit aussi sans doute pour elles d'une question de survie pure et simple.

La question de la nature humaine et/ou divine de Jésus fera encore l'objet de bien des discussions et hérésies (monophysisme, monothélisme), mais la place de Marie dans l'orthodoxie est fixée à ce moment-là : elle est Mère de Dieu, et prend donc une place essentielle comme "productrice" et garante de la nature humaine de Jésus, Fils de Dieu et de même nature que celui-ci.

Le sacrifice réel, garantie de l'efficacité de la Foi chrétienne

Mais ne vous souvenez-vous pas de ce que vus faites, de ce que font vos prêtres ? … Dieu n'est pas une affaire de foi. Ce n'est pas la Foi qui révèle : c'est la saveur – ce que l'on appelle en hébreu, dans l'enseignement traditionnel, thaam, le goût sur la langue et dans la gorge. Dans la célébration de la messe, que faites-vous d'autre, sinon d'avoir un moment de thaam, de goût, de saveur.

Claude Vigée77

La double nature de Jésus enflamma surtout les Églises d'Orient, à l'époque où le dynamisme culturel et intellectuel de l'Empire Romain était concentré du côté de la Méditerranée orientale. L'Empire d'Occident sombrait peu à peu, sous les coups des grandes invasions, dans l'anarchie et la dispersion.

L'importance de la double nature de Jésus s'explique par le Dogme de la présence réelle du Christ dans l'hostie : le catholique ou l'orthodoxe qui communie absorbe le corps du Christ lui-même à la suite de son sacrifice. La messe est la cérémonie au cours de laquelle ce sacrifice s'accomplit. Elle est ordonnée très précisément : lecture de la Parole du Seigneur, Profession de Foi78, Offrande à la divinité79, reconnaissance des fautes, la Cène80, Communion, c'est à dire partage du Corps du Christ.

 

Marie • 3e partie

 

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/Peyrard/mere3.html